24 janvier 2014

Mots de l'année (suite).

Voici une liste des mots de l'année 2013.

Bêtisier de tweets retiré de la vente.

La maison d'édition Larousse vient de retirer de la vente son bêtisier de tweets. Elle avait tout simplement oublié de demander la permission de leurs auteurs.

22 janvier 2014

Doit-on dire « mère monoparentale » ou « mère célibataire » ?

Lu ce matin dans Le Journal de Montréal la phrase suivante :
‹‹ En entrevue avec Richard Martineau, le père récemment devenu monoparental a raconté avec plusieurs pointes d'humour comment il "gère" ses enfants seul durant la pandémie. ›› (Le Journal de Montréal, 06/01/2021). Un père devenu monoparental...
Je ressors un billet sur le sujet écrit en 2014.
L'adjectif « monoparental » signifie « qui a un seul parent ». On ne peut donc pas dire « mère monoparentale ». Cela signifierait « une mère qui a un seul parent »... Idem pour « père monoparental ». C'est absurde et c'est une impropriété.
L'étymologie du mot est limpide : mono (= unique) + parent + al (= adjectif). Monoparental = parent unique. On peut donc dire une « famille monoparentale », c'est-à-dire une famille où il y a un seul parent (la mère ou le père), mais on ne peut pas dire « mère monoparentale ». On doit dire « mère célibataire » ou « mère seule » ou encore « mère isolée ».
Dans la presse francophone canadienne, le syntagme fautif « mère monoparentale » représente 56 % des occurrences… le syntagme « mère célibataire », 29 %; le syntagme « mère seule », 14 %; le syntagme « mère isolée » est pratiquement inexistant.
Dans la presse francophone européenne, le syntagme « mère célibataire » représente 65 % des occurrences; le syntagme « mère seule », 20 %; le syntagme « mère isolée », 14 %; le syntagme « mère monoparentale » est pratiquement inexistant.
Mots-clés : français; impropriété; monoparental; mère monoparentale; mère célibataire; mère seule; mère isolée; père monoparental; père célibataire; père seul; père isolé.

21 janvier 2014

Michetonneuse ou starfuckeuse ? Plus qu'une nuance sémantique...

Le lexicographe a toujours intérêt à aller chercher ses renseignements à la source comme le prouve ce compte rendu de séance de tribunal...

Mots-clés : lexicographie; sémantique; jargon; monde de la nuit; michetonneuse; starfuckeuse.

19 janvier 2014

Caleçonnade à l'Élysée.

Le mot n'est pas dans le Petit Robert 2014, ni dans le Dictionnaire Hachette 2014. Il figure au Petit Larousse illustré 2014, mais accompagné de la marque d'usage « vieilli ». Je parle de « caleçonnade ».

Effectivement, il est d'un emploi assez rare, mais Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de l'Express, grand amateur de théâtre, l'a employé récemment dans un article où il analyse les conséquences politiques de l'affaire Hollande-Gayet-Trierweiler. Je cite : « L'image de la France est-elle atteinte ? Elle l'est, en mal, par la polémique sur l'appartement utilisé. Elle l'est aussi par la place que consacre la presse étrangère à cet épisode de la love affair décrite par les journaux sérieux à la caleçonnade moquée par les tabloïds ».

Mais, au fait, que veut vraiment dire « caleçonnade » ? Le Grand Robert nous renseigne à ce sujet : « Spectacle de théâtre où sont mises en scène des situations intimes et scabreuses. Les caleçonnades du [théâtre de] boulevard traitent volontiers de l'adultère bourgeois ».

Décidément Christophe Barbier a le mot juste…

Mots-clés : lexique; mot vieilli; caleçonnade; François Hollande; Christophe Barbier; L'Express.

Du septennat au quinquennat… Du quinquennat au… niquennat ?

En 2002, le mandat du président de la République française est passé de 7 ans à 5 ans. On est passé du septennat au quinquennat.

Frédéric Mitterrand, qui a l'esprit vif et la dent dure, vient d'ajouter à la série un nouveau mot, un mot-valise : niquennat

Quand on lui a demandé ce qu'il pensait de l'affaire Hollande-Gayet-Trierweiler, l'auteur de la Mauvaise Vie a répondu que ce n'était plus un quinquennat, mais « le niquennat général ! ».

Libre à chacun d'apprécier ou de condamner ce (vilain?) jeu de mots…

Mots-clés : français de France; lexique; néologisme; mot-valise; septennat, quinquennat, niquennat.

10 janvier 2014

Doit-on dire « les 24 prochaines heures » ou « les prochaines 24 heures » ?

Chaque jour à la télévision, nous entendons les présentatrices/teurs météo nous dire : « Au cours des 24 prochaines heures, le temps sera… ». Est-ce vraiment correct ?

Certes, on nous a appris qu'en français, contrairement à l'anglais, les adjectifs premier, dernier et prochain se placent après le numéral. Ainsi, quand l'anglais dit : the first 10 years, the last 10 years ou the next 10 years, le français standard dit : les 10 premières années, les 10 dernières années ou les 10 prochaines années. L'ordre des mots correct en français est donc le suivant :

déterminant (article, etc.) + numéral + adjectif (premier, dernier, prochain) + nom.

Cependant il est un cas où cette règle ne s'applique pas. C'est lorsque le syntagme (groupe de mots) numéral + nom constitue une unité. Ainsi le syntagme « 100 mètres » peut désigner une distance précise différente, par exemple, de 75 mètres ou de 120 mètres, mais le syntagme « 100 m » (on l'écrit alors comme cela) peut aussi désigner une épreuve d'une distance de 100 mètres pratiquée dans certains sports comme la course à pied ou la natation.

Dans ce cas, on dit que le syntagme « 100 m » est lexicalisé. Cela veut dire qu'il fonctionne comme un nom (en l'occurrence, comme un nom composé). La preuve qu'il s'agit d'un nom est fournie par la présence de l'article. On dit : « courir le 100 m ». Dans ce cas, on ne peut pas séparer le numéral et le nom. Ils forment une unité lexicale, un tout. On dit : « Ce sportif a couru son dernier 100 m de la saison » et non « ses 100 derniers mètres », ce qui aurait une tout autre signification. En effet, on peut dire : « Les 100 derniers mètres ont été les plus difficiles à franchir », mais on ne doit pas dire « Les derniers 100 mètres » ou « Le dernier 100 mètres ».

Il en est de même pour les syntagmes « 24 heures », « 48 heures » et, dans une moindre mesure, « 72 heures ». Le syntagme « 24 heures » désigne en fait une journée complète; « 48 heures », deux journées complètes; « 72 heures », trois journées complètes. Ce sont des unités de temps. On dira donc « les prochaines 24 heures », les « prochaines 48 heures », les « prochaines 72 heures », et non « les 24 prochaines heures », « les 48 prochaines heures » ou les « 72 prochaines heures », ce qui supposerait qu'on fasse le décompte exact du nombre d'heures (24 précisément, pas 23 ni 25), ce qui n'est pas le cas dans ce genre d'emploi.

Cette règle est bien observée dans la presse francophone européenne. Un peu moins cependant avec premier qu'avec dernier et prochain, moins aussi avec 72 heures qu'avec 24 heures et 48 heures. Elle l'est beaucoup moins dans la presse francophone québécoise. On note dans cette dernière que les formes « 24 dernières heures » et « dernières 24 heures », ainsi que « 48 dernières heures » et « dernières 48 heures » se font une concurrence serrée. On peut expliquer cette différence dans l'usage réel par la crainte chez certains au Québec de faire un anglicisme.

Or, en croyant éviter une erreur, ils en font une d'un autre type. Cela s'appelle de l'hypercorrection, c'est-à-dire « la reproduction fautive d'une forme linguistique produisant une forme supposée correcte » (Petit Robert).

En conclusion, on doit donc dire : « Au cours des prochaines 24 heures, le temps sera…»

Mots-clés : français; syntaxe; anglicisme; ordre des mots; premier, dernier, prochain suivi d'un numéral; 24 heures; 48 heures; 72 heures.