samedi 30 décembre 2017

Les écoles de commerce françaises et l'enseignement en anglais

Un article inquiétant : 

 Mots-clé : France; écoles de commerce; enseignement en anglais.

Traduction et Intelligence artificielle


Un article intéressant :
Mots-clés : traduction automatique.

Doit-on dire booster ou survolter ou dépanner (une batterie) ?


Par ces temps de froids polaires, les batteries des voitures sont soumises à rude épreuve. Dans les conversations, on entend les gens parler spontanément de boostage. « J'ai dû faire booster ma batterie d'auto ». Dans les articles de journaux, les annonces et les communiqués, plus linguistiquement corrects, on entend ou l'on lit survoltage. « Des milliers d'automobilistes ont dû faire survolter leur batterie d'auto ».
Au risque d'en choquer plus d'un, je dirais que booster, qui signifie « apporter plus de puissance un court instant », est plus adéquat que survolter, qui veut dire « exposer à une tension trop forte ». Voyez-vous ça, une batterie « survoltée » ? Je ne pense pas que l'automobiliste, qui appelle le CAA-Québec ou tout autre dépanneur, ait envie d'exposer sa batterie à une tension trop forte… De même survoltage désigne un voltage excessif. Vouloir remplacer booster et boostage par survolter et survoltage constitue une impropriété. 
En réalité, il faut revenir à la situation de communication. Que veut l'automobiliste quand il constate que sa batterie est déchargée ou « à plat » ? Qu'on vienne la lui dépanner. Les mots qui conviennent dans cette situation, ce sont donc dépanner la batterie et dépannage de la batterie. Familièrement, on dira aussi donner du jus à la batterie.
Pas besoin de l'anglicisme boostage de batterie, ni de l'impropriété survoltage de batterie, les garagistes assurent un service de dépannage (de) batterie. Une fois la batterie dépannée, il faudra peut-être procéder à sa recharge à l'aide d'un chargeur. Cette opération peut prendre plusieurs heures.
Mots-clés : français québécois; anglicisme; impropriété; qualité de la langue; batterie; booster; boostage; survolter; survoltage; dépanner; dépannage; donner du jus; recharger; chargeur de batterie.

mercredi 27 décembre 2017

Petit Larousse 2017 - Cinq nouveaux mots de la Francophonie


dimanche 24 décembre 2017

Un anglicisme qu'on croyait disparu...

Barilla, la marque de pâte italienne bien connue utilise sur un de ses emballages un anglicisme combattu depuis des années dans toutes les écoles de traduction du Canada. Un calque de l'anglais qu'on croyait définitivement disparu. Je parle du syntagme en aussi peu que calqué sur l'anglais in as little as.
Voici ce qu'on lit sur une boîte de pâtes Barilla : Put a fresh and quick meal on the table every day with Barilla in as little as 15 minutes. Ce qui donne en traduction « barillienne » : Préparez un repas frais et rapide chaque jour avec Barilla en aussi peu que 15 minutes. 
 
Je vous laisse imaginer ce que peut bien vouloir dire un « repas frais » quand il est question de pâtes (pas fraîches justement). Mais là n'est pas la question.
Ailleurs on trouve fréquemment le syntagme tout aussi critiquable pour aussi peu que calqué sur l'anglais for as little as. 

Ce qui est inquiétant, c'est que des sites de traduction comme Lingee et Reverso véhiculent ces anglicismes comme on peut le constater en les interrogeant sur les traductions françaises de for ou in as little as. Ces sites reprennent les traductions qu'ils trouvent sur Internet visiblement sans être très rigoureux dans le choix de leurs sources. Si l'on s'en tient aux seules sources canadiennes, on constate que, malheureusement, ces dernières contiennent beaucoup de traductions critiquables, non idiomatiques.

La simple consultation du dictionnaire bilingue Robert & Collins aurait permis au traducteur de Barilla de trouver la bonne traduction. Voici ce qu'on lit dans ce dictionnaire : You can get one for as little as $20 : Vous pouvez en trouver un pour (seulement) 20 dollars. En français, on n'éprouve pas le besoin d'insister sur la modicité de la somme, ce qui explique la mise entre parenthèses de l'adverbe seulement, qui n'est pas obligatoire. Même chose avec in as little as 15 minutes, qui se traduira par : en (seulement) 15 minutes. 

Mots-clés : traduction anglais-français; anglicisme; calque; for as little as; in as little as; pour aussi peu que; en aussi peu que; Barilla; qualité de la langue; fiabilité des sites de traduction; Lingee; Reverso; dictionnaire Robert & Collins.

Doit-on dire « saisonnier » ou « de saison » ?


Le sentiment de la différence de sens entre l'adjectif de relation (par exemple saisonnier) et le complément de nom (par exemple de saison) a tendance à se perdre. Probablement sous l'influence de l'anglais. C'est dommage, car il s'agit d'une différence de sens importante. D'une manière générale, l'adjectif de relation dénote un sens général, indéfini; le complément de nom, un sens particulier, défini.
Un article saisonnier est un article qui revient régulièrement à la même saison, par exemple les pneus neige à chaque hiver ou les maillots de bain à chaque été. Un article de saison est un article qui convient à la saison présente, à celle dont on parle. En été, les maillots de bain sont des articles de saison; les pneus neige ne sont pas des articles de saison.
On peut dire la même chose pour un fruit ou un légume. Le maïs en épi est un légume saisonnier : sur nos marchés, on ne le trouve guère qu'au début de chaque automne. En automne, c'est vraiment un légume de saison.
Les températures saisonnières, ce sont les températures qui reviennent régulièrement à chaque saison de l'année. Mais à un moment donné de l'année, on doit dire que la température est de saison (si elle correspond aux températures saisonnières) ou n'est pas de saison (si elle s'en écarte).
Mots-clés : langue française; qualité de la langue; adjectif de relation; complément de nom; saisonnier; de saison; article saisonnier; article de saison; fruit / légume saisonnier; fruit / légume de saison; températures saisonnières; températures de saison.

vendredi 22 décembre 2017

Les mots de l'année 2017


En France :
Les propositions de RTL :
Selon Le Figaro :
Selon le Festival du mot :
 C'est « renouveau » qui a été choisi par le public :
http://motdelannee.fr/
En Grande-Bretagne :
Selon Oxford Dictionaries :
Selon Collins Dictionaries:
 Aux États-Unis :
Selon Merriam-Webster Dictionaries :
 http://www.tvanouvelles.ca/2017/12/12/feminisme-mot-de-lannee-2017
En Russie/слово года 2017 В России :


 Mots-clés : mot de l'année 2017; France; Grande-Bretagne; États-Unis; Russie; слово года 2017 в России.


 



vendredi 8 décembre 2017

Entre Marion Cotillard et Guillaume Canet, mon « Dictionnaire québécois-français »



Dans Rock and Roll (2017), le dernier film de Guillaume Canet, Marion Cotillard, sa compagne à la ville et à l'écran, se prépare pour un rôle que lui a proposé le réalisateur québécois Xavier Dolan. Pour ce faire, elle s'imagine qu'elle doit apprendre à parler québécois. Aiguillée par sa coach québécoise, elle a choisi de se procurer  mon Dictionnaire québécois-français. Le livre apparaît dans plusieurs scènes du film. On le voit en particulier sur ce cadre tiré d'un article d'IndieWire



C'est assez étonnant d'entendre une grande actrice française parler à son « chum » avec un accent et des mots québécois… Vous voulez connaître le mot de la fin ? Eh bien, Xavier Dolan lui fera savoir qu'elle jouera non pas en québécois, mais en français de France… Beaucoup d'efforts pour rien…
Mots-clés : Guillaume Canet, Marion Cotillard, Film Rock and Roll (2017), français québécois, Lionel Meney, Dictionnaire québécois-français : pour mieux se comprendre entre francophones (Guérin, Montréal, 1999).

Un agréable hommage


Je trouve un entretien qu'une de mes anciennes étudiantes du programme de traduction de l'Université Laval, Sylvia Dekyndt, a accordé à Globalme. Language & Technology. Je la remercie vivement pour les bons mots qu'elle y tient à mon égard. C'est toujours très gratifiant pour un professeur de recevoir ce genre d'appréciation de la part de ses élèves. Je cite : 
« So, this is why each time I start working on a project, I keep in mind what Mr. Lionel Meney taught us: “Always translate any document that is submitted to you as if it was the very first time."
After more than 11 years of professional practice, I still consider I know nothing compared to what there is still left to learn – Linguistics is a huge and fascinating field and, just as life is, it’s an ongoing learning process. And still today, I never fail to apply what Mr. Meney told us then, in order to ensure the steadiness of the quality of translations I deliver.
It’s worth mentioning that besides being the author of the Dictionnaire québécois-français: pour mieux se comprendre (ISBN: 2-7601-5482-3), which is a great and very useful dictionary, Mr. Meney used to be one of my teachers at Laval University, and furthermore, is one hell of great linguist and funny teacher! I owe him a lot and I’m more than very grateful for all he taught me. » (Sylvia Dekyndt, « Ask a pro: becoming a freelance translator », Globalme, Language and Technology, 25 juillet 2017).
Je m'en voudrais de ne pas donner le lien vers l'intégralité de cet entretien, dont tout traducteur peut faire son profit. 
Merci, Sylvia, et Félicitations pour votre belle réussite professionnelle !

Mots-clés : traduction; enseignement; attitude vis-à-vis du texte à traduire; Sylvia Dekyndt.



dimanche 26 novembre 2017

Doit-on dire Black Friday, Vendredi noir, Vendredi fou ou quoi encore ?


La « fièvre acheteuse » a encore frappé grâce au zèle des marketeurs jamais en peine pour trouver un moyen d'aller chercher de l'argent dans nos poches. Le dernier en date est l'importation d'une tradition commerciale états-unienne (« tradition » assez récente d'ailleurs), le Black Friday.
Persuadés que les expressions anglaises sont plus vendeuses, au sens propre, que les expressions françaises auprès de la clientèle francophone, avec la chose, ils ont importé le nom. La marque de commerce en quelque sorte. C'est ainsi que les vitrines de nos villes se sont couvertes de cette expression pour le moins peu heureuse.
Outre ses connotations inquiétantes (la couleur noire , qu'il s'agisse d'un jeudi, d'un vendredi ou d'un samedi noir, n'évoque que du négatif, un krach boursier, une série d'attentats, etc.), l'expression Black Friday ne rappelle rien de précis à un francophone.
D'ailleurs même pour un anglophone, ce n'est pas évident. Aux États-Unis, on discute pour savoir si Black Friday fait allusion à un vendredi noir qu'aurait connu Philadelphie, noir à cause des encombrements causés par la foule et des embouteillages monstres un jour de shopping ou bien s'il s'agit d'une allusion comptable typiquement anglo-saxonne. Ce serait le jour de l'année où les écritures des comptes passent du rouge (des pertes) au noir (aux profits).
Certes l'expression Black Friday a quelques rivales. Un directeur de centres commerciaux propose « jour XXL ». Pas fort. Toujours l'anglais dans la tête. La traduction littérale, « Vendredi noir », est assez répandue dans la presse francophone européenne. C'est mieux que Black Friday, mais, encore une fois, cela n'évoque rien pour un francophone sinon du négatif. On trouve aussi (rarement) « Vendredi de folie » et « Vendredi dingue ». Pas sûr qu'on échappe à un « Vendredi crazy » (on a déjà eu droit à des « Jours crazy ») ou, plus chic encore, à un « Crazy Vendredi »… Au Québec, « Vendredi fou » semble s'implanter, loi linguistique oblige.
La meilleure initiative est celle du patron de la CAMIF en France, qui a décidé de fermer purement et simplement ses magasins ce jour-là pour protester contre la surconsommation. Et dire qu'après le Black Friday, on aura droit à un Cyber Monday, en attendant le Boxing Day... Allez, marketeurs, un petit effort d'imagination… en français.

Mots-clés : qualité de la langue; anglicisme; commerce; marketeur; Black Friday; Vendredi noir; Vendredi fou; Cyber Monday; Boxing Day.

mercredi 15 novembre 2017

Les Québécois parlent-ils bien français?

Pour son numéro fêtant son 20e anniversaire, Argument, la revue d'idées montréalaise, m'a demandé de dialoguer avec le professeur Benoît Melançon, de l'Université de Montréal, sur le thème « Les Québécois parlent-ils bien français? » 

Voici les références de ce dialogue : Argument, Politique, Société, Histoire, vol. 20, no 1, hiver 2017-2018, p. 33-45. Aux éditions Liber à Montréal.

Mots-clés : langue française; français québécois; qualité de la langue; Lionel Meney; Benoît Melançon; revue Argument.

mardi 14 novembre 2017

Entretien avec le professeur Lionel Meney. Une recherche universitaire qui se poursuit à la retraite sans rupture.


Le Syndicat des professeurs de l'Université Laval (SPUL) m'a fait l'honneur de m'interroger sur mon expérience d'enseignant et de chercheur et sur ma dernière publication « Le français québécois entre réalité et idéologie » (Presses de l'Université Laval, Québec, 2017). L'entretien, dirigé par Jacques Rivet, professeur de journalisme, se trouve à partir de la deuxième page (faire défiler). Voici le lien :

http://spul.ulaval.ca/communicateur-civique/ 

Mots-clés : Lionel Meney, enseignant, chercheur, sociolinguistique, langue française, variation linguistique, France, Québec, idéologies linguistiques. 

vendredi 10 novembre 2017

Mauvaise traduction et produits de consommation courante


Dans Le Français québécois entre réalité et idéologie (Presses de l'Université Laval, Québec, 2017), j'ai consacré tout un chapitre aux mauvaises traductions malheureusement si courantes au Canada. La maison Bertolli et/ou Deoleo Canada Ltd., son importateur, m'offrent un nouvel exemple de traduction bâclée. À croire qu'ils ont utilisé un traducteur automatique… Quoique même Google Translate aurait fait mieux, comme le montrent les comparaisons qui suivent. Bertolli et/ou Deoleo Canada Ltd. n'ont-ils pas les moyens de se payer les services d'un bon traducteur professionnel ? Ce serait faire montre d'un minimum de respect pour leurs clients francophones.

Ce qu'on peut lire sur les étiquettes de leur Red Wine Vinegar...

English Text :
6 % Acetic acid by volume
Bertolli "French" Translation :
6 % Acide acétique par volume
Critique (Je m'en tiens à l'essentiel) : absence de la préposition de; mauvais emploi de la majuscule.
Google Translate :
6% d'acide acétique en volume
Proposition de traduction :
6 % d'acide acétique par volume

English Text :
New Bottle Same Great Taste
Bertolli "French" Translation :
Nouveau bouteille même bon goûte
Critique : erreur sur le genre de bouteille (!); emploi d'un barbarisme (goûte !); emploi de la majuscule.
Google Translate :
Nouvelle bouteille Même bon goût
Proposition de traduction :
Nouvelle bouteille Même goût extra.

English Text :
Bertolli Red Wine Vinegar is obtained by the natural fermentation of red wine. Use in salad dressings, marinades, meat stews, sautés, sweet-and-sour dishes, pickles and gourmet recipes.
Bertolli "French" Translation :
Bertolli vinaigre de vin rouge est obtenu par la fermentation naturelle de rouge de vin. Utilisez dans les vinaigrettes, marinades, des ragoûts de viande, sautés, doux et aigre-plats, des cornichons et des recettes gourmandes.
Critique : C'est là qu'on voit qu'ils ont utilisé un traducteur automatique ! ordre des mots; forme du verbe; emploi des articles.
Google Translate :
Le vinaigre de vin rouge Bertolli est obtenu par la fermentation naturelle du vin rouge. À utiliser dans les vinaigrettes, les marinades, les ragoûts de viande, les sautés, les plats aigres-doux, les cornichons et les recettes gastronomiques.
Proposition de traduction :
Le vinaigre de vin rouge Bertolli est obtenu par fermentation naturelle du vin rouge. À utiliser dans des vinaigrettes, des marinades, des ragoûts, des sautés, des plats aigres-doux, des légumes au vinaigre et des recettes gourmandes.

Finalement la traduction de Google Translate était assez bonne. Il aurait suffi de la peaufiner un peu…

Mots-clés : Canada; qualité de la langue; mauvaise traduction anglais-français; traduction automatique; Google Translate; Bertolli; Deoleo Canada Ltd.; vinaigre de vin rouge.

lundi 23 octobre 2017

Sur les français régionaux

Un site à consulter :
http://www.francetvinfo.fr/france/langues-regionale/en-images-serpilliere-ou-torchon-crayon-a-papier-ou-crayon-gris-cinq-cartes-du-francais-de-nos-regions_2432081.html?google_editors_picks=true

mardi 10 octobre 2017

La « nouvelle » politique de l'Office québécois de la langue française sur les emprunts à une langue étrangère.

La nouvelle politique de l'Office québécois de la langue française sur les emprunts à une langue étrangère suscite beaucoup de réactions négatives. Pourtant, par rapport aux précédentes politiques (1980 et 2007), on observe peu de changements, à l'exception d'un seul, l'acceptation de certains anglicismes. Ma critique des fondements de cette politique dans Main basse sur la langue (Liber, Montréal, 2010) est toujours valable. Aucun progrès ni dans la théorie ni dans l'application n'est perceptible dans le nouveau document. On se demande si l'OQLF a fait un quelconque effort de recherche, de réflexion et d'analyse dans ce domaine depuis ces années.

Le document comporte même encore des erreurs d'interprétation, par exemple quand il présente annonces classées comme un anglicisme. Comment pourrait-on nommer autrement des annonces classées par ordre alphabétique ou par rubriques ? En réalité, c'est annonces classifiées qui est un anglicisme, mais ce terme autrefois courant ne se rencontre pratiquement plus de nos jours.

« Le Courrier de Laval n'a pas tardé à offrir des petites annonces classifiées, comme on les appelait à une certaine époque, à ses fidèles lecteurs. », Courrier Laval, 20 mai 2015.

On note toujours à la base une confusion entre deux phénomènes distincts : les progrès de l'usage de l'anglais (ici et ailleurs), vus comme une menace, et les emprunts à cette langue, jugés comme le symptôme de cette menace. Lutter contre les symptômes serait combattre la maladie. Éradiquer les anglicismes du français permettrait d'enrayer les progrès de l'usage de l'anglais. Or, c'est faux. L'anglais, justement, en est la preuve. C'est une langue germanique qui, par un accident de l'histoire, a emprunté 40 % de son vocabulaire à une langue romane, le français, directement ou par l'intermédiaire du latin. Cela ne l'a pas empêché de se développer au point de devenir la première langue mondiale. Le français est encore loin d'avoir 40 % de son vocabulaire d'origine anglaise. Bannir les anglicismes de la langue ne renforcera pas le français, ni surtout ne diminuera en rien la force de l'anglais.

En réalité, le nouveau document, comme les précédents, essaie de masquer une position non scientifique, mais purement idéologique, sous un habillage scientifique et technique. En fait pseudo-scientifique et pseudo-technique.

Cette posture se double d'une autre : les terminologues de l'OQLF se présentent comme des gens modérés, évitant les positions extrêmes que représentent les  puristes, pour qui tout emprunt à l'anglais est à bannir, et les laxistes, pour qui le recours systématique à  l'emprunt ne pose aucun problème.

L'absence de fondements scientifiques vérifiables se cache derrière l'emploi de multiples critères d'acceptation ou de rejet des emprunts aussi hétéroclites que peu crédibles. L'acceptabilité d'un mot anglais se déduirait rationnellement à l'issue d'un long parcours algorithmique à travers le filtre de ces critères. Leur nombre, leur hétérogénéité et le flou de leur définition font qu'on aboutit à toutes sortes de décisions contradictoires. Tel mot est accepté, tel autre ne l'est pas, mais on a souvent l'impression que le contraire serait tout aussi possible à la lumière des mêmes critères… Ce système à géométrie variable permet de sortir opportunément le critère qui permettra d'accepter le mot qui plaît et de rejeter celui qui déplaît… En réalité, pratiquement tous les emprunts de mots anglais seront rejetés, car trop visibles, les emprunts masqués que sont les calques ou les anglicismes de sens ayant plus grâce aux yeux de nos terminologues.

Un de ces critères curieux est la notion d'intégrabilité au système du français. Il est étonnant qu'on puisse affirmer que des mots qui s'emploient tous les jours, qu'on trouve dans tous nos médias, comme selfie, ne peuvent pas s'intégrer au système français… Qui plus est, le document nous apprend qu'on peut toutefois, dans certains cas, accepter des mots  « non intégrables au système français » (sic). Allez donc comprendre la logique du raisonnement ! Et l'utilité de ces critères…

Autre critère arbitraire malgré sa dénomination impressionnante : la « légitimité sociolinguistique au Québec ». Le document ne dit pas qui détermine cette légitimité ni comment. Est-ce qu'on procède par sondages auprès de la population pour savoir si tel mot est légitime ou non ? Est-ce qu'on vérifie dans les médias s'il est fréquent ou pas ? Est-ce que tous les Québécois sont d'accord sur le statut à accorder à tel ou tel mot ? Est-ce qu'il n'y a qu'une seule manière de parler au Québec ? J'ai développé ces questions sur la base de recherches empiriques dans Le français québécois entre réalité et idéologie (Presses de l'Université Laval, Québec, 2017). La réponse est évidemment qu'il n'y a pas ici une seule légitimité sociolinguistique, mais au moins deux. Pourquoi l'OQLF favorise-t-il l'une au détriment de l'autre ?

Une autre caractéristique marquante de ce document, dans la continuité des deux précédents, est le fond de séparatisme linguistique qui l'imprègne. Certes, il est dit, comme par prudence, que la politique de l'OQLF fait en sorte qu'on ne se dissocie pas des autres pays francophones, en particulier de la France, mais en réalité le fameux critère de légitimité sociolinguistique au Québec sert à créer tout doucement, mais assez sournoisement, une langue à part qui nous éloignerait de celle de la majorité des autres francophones. Je dis bien qui nous éloignerait, car en réalité ce qui caractérise le plus le marché linguistique québécois depuis la création de l'OQLF en 1961, c'est son rapprochement extraordinaire avec le marché  linguistique francophone international.

On en vient à penser que ce sentiment de légitimité est celui que les terminologues de l'OQLF eux-mêmes veulent bien accorder ou non. En effet, pourquoi fin de semaine serait plus légitime que week-end alors que les deux mots sont employés ici pratiquement dans les mêmes proportions ? Pourquoi égoportrait – mot lourd et mal formé - devrait-il être favorisé aux dépens de selfie alors que ce dernier est d'emploi plus fréquent dans nos médias ? Idem pour démoniser – calque de l'anglais - alors que diaboliser, utilisé partout dans la Francophonie, lui aussi est plus fréquent ?

Les avis discordants parus dans les médias de spécialistes comme Jean-Claude Corbeil, Marie-Eva De Villers, Monique Cormier, Nadine Vincent et Jacques Maurais montrent bien qu'il n'y a pas consensus sur cette politique et que les choix de l'OQLF n'ont pas la légitimité que ce dernier prétend leur reconnaître. À l'ère d'Internet, alors que l'information et les mots qui la véhiculent voyagent à la vitesse de la lumière, on peut légitimement se demander s'il est encore justifié d'« orienter l'usage linguistique » des Québécois. Surtout sur la base de critères purement idéologiques. Ils sont certainement capables de choisir tout seuls les mots qui leur conviennent.



Mots-clés : Office québécois de la langue française, OQLF, politique linguistique, anglicismes, légitimité sociolinguistique, critères.