25 février 2026

Nice Carnaval Days et autres days…

Je lis sur le site de la mairie de Nice (février 2026) : « La grande braderie d’hiver des Nice Carnaval Days vous permet pendant 3 jours de bénéficier d’une visibilité pour “booster” votre activité commerciale. »

Il est pour le moins étonnant que la municipalité d’une commune française éprouve le besoin de nommer une de ses activités selon une syntaxe et un lexique anglais.

Ce phénomène n’est pas isolé. Le terme anglais day est en train de supplanter les termes français jour et journée dans la langue commerciale, comme je l’ai montré dans Lionel Meney, Le naufrage du français, le triomphe de l’anglais. Enquête (Paris-Québec, Hermann-PUL, 2024), un ouvrage qui décrit en détail ce que j’ai appelé « les territoires perdus de la langue française ». 

Mots-clés: anglicismes, anglomanie, territoires perdus de la langue française, ville de Nice, Nice Carnaval Days. 

07 février 2026

Immigrer, immigrant, immigré...

On observe souvent des confusions dans l’emploi d’immigrant et d’immigré. Pourtant, la morphologie française est limpide : le participe présent indique une action en cours, le participe passé, une action passée. Un immigrant est une personne qui entre dans un pays étranger pour y vivre. Un immigré, une personne qui est entrée dans un pays étranger pour y vivre. Les dictionnaires (Académie française, Trésor de la langue française, Larousse) entérinent cette distinction de base (voir ci-dessous). Le Dictionnaire de l’Académie française et le Petit Robert ajoutent une nuance : « qui immigre ou a récemment immigré » (c’est moi qui souligne). L’adverbe récemment est important. Même ces dictionnaires notent la différence de durée dans la situation d’un immigrant et celle d’un immigré. Par ailleurs, à l’article immigré, le Petit Robert propose des « synonymes » critiquables : immigrant, étranger, migrant. Certes, ces trois termes font partie du même champ sémantique, mais ne sont pas des synonymes exacts d’immigré.

Sources :

Immigrer

Académie française : Venir dans un pays étranger pour s'y établir.

Trésor de la langue français : Venir dans un pays étranger pour s'y établir, souvent définitivement. Anton. Émigrer.

Larousse : Venir se fixer dans un pays étranger au sien.

Petit Robert : Entrer dans un pays étranger pour s'y établir (opposé à émigrer).

Immigrant

Académie française : Personne qui immigre ou a récemment immigré dans un pays.

Trésor de la langue française : Celui, celle qui immigre (dans un autre pays). Anton. autochtone, émigrant.

Larousse : Qui immigre dans un pays étranger au sien.

Petit Robert : Personne qui immigre dans un pays ou qui y a immigré récemment (opposé à émigrant).

Immigré

Académie française : Personne qui a immigré.

Trésor de la langue française : Celui, celle qui a immigré.

Larousse : Qui a quitté son pays d'origine pour s'installer dans un autre pays.

Petit Robert : Qui est venu de l'étranger, par rapport au pays qui l'accueille. Synonymes : immigrant, étranger, migrant.

Mots-clés : propriété des termes, différence, immigrant, immigré. Dictionnaire de l’Académie française, Trésor de la langue française, Larousse, Petit Robert.

04 février 2026

Comment traduire potluck?

L’anglais potluck (a shared meal consisting of whatever guests have brought (sometimes without prior arrangement) ne se traduit pas par « à la fortune du pot », même si la formation des deux expressions est semblable. En français, « à la fortune du pot » signifie de manière simple, sans préparation particulière, à la bonne franquette. Ce n’est donc pas le même sens. L’équivalent de potluck est repas (déjeuner, etc.) participatif.

 « S’agissant d’un repas participatif, chacun avait apporté quelque chose à manger ou à boire et surtout à partager. » (letelegram.fr).

Mots-clés : traduction, potluck, à la fortune du pot, équivalent, repas participatif.

31 janvier 2026

À propos du sens du terme « évènement »

Le Petit Robert en ligne donne une seule définition d’« évènement » : « Ce qui arrive et a de l’importance pour l’être humain ». (C’est moi qui souligne). Cette définition est inadéquate et insuffisante, car elle fusionne deux acceptions du terme. Le Trésor de la langue française distingue bien : 1) « Tout ce qui se produit, tout fait qui s’inscrit dans la durée » et cite une locution encore en usage au Québec : « à tout évènement », c’est-à-dire « quoi qu’il arrive » ; 2) « Fait d’une importance notable ». Cette acception arrive au second rang. Le Larousse en ligne est plus exact et plus complet que le Petit Robert. Il définit le terme de la manière suivante : 1) « Tout ce qui produit, arrive ou apparaît » et cite comme synonyme « fait » ; 2) « Fait d’une importance particulière ». Il reprend donc la description du Trésor de la langue française. Celle du Dictionnaire de l’Académie française est similaire.

Le mot est formé sur le latin classique evenire qui signifie « arriver, se produire ». Quand vous faites une déclaration de sinistre à votre assurance, il vous est demandé de décrire « l’évènement », c’est-à-dire la date, le lieu, etc. des faits.

Certainement sous l’influence de l’anglais « event », le terme « évènement » en est venu à désigner toute activité organisée par les sociétés spécialisées dans « l’évènementiel », terme défini de la manière suivante par le Petit Robert : « Nom masculin L'évènementiel : secteur d'activité autour des évènements de communication (foires, salons…) ». France Terme, dans une fiche, va dans le même sens :

« vente à l'évènement (langage professionnel)

  • Domaine : ÉCONOMIE ET GESTION D'ENTREPRISE
  • Définition : Technique de promotion des ventes reposant sur l'exploitation d'évènements de la vie du client et par extension de tout évènement intéressant la vie de la société.
  • Équivalent étranger : […] event marketing (en) ».

Ce n’est pas à proprement parlé un nouveau sens, mais l’extension du sens général du terme à un secteur d’activité. Cet emploi est plus acceptable que l’importation pure et simple du terme anglais « event », comme c’est souvent le cas dans les sociétés d’évènementiel en France (cf. cette photo prise sur une camionnette). Ainsi, l’expression « main event » est fréquemment employée dans le domaine des spectacles sportifs ou artistiques pour désigner la partie la plus importante de… l’évènement.

Conclusion : Le terme « évènement » a bien un sens général, synonyme de « fait ». Le Petit Robert devrait revoir sa définition.

Mots-clés : event, main event, évènement, définition, emploi, Dictionnaire de l’Académie française, Trésor de la langue française, Larousse en ligne, Petit Robert en ligne, France Terme.

27 janvier 2026

Comment traduire l’anglais « czar »

Tom Homan, le «Tsar des frontières» chargé par Trump de superviser les opérations à Minneapolis (Le Figaro, 27-01-2026).

A l’occasion des tragiques évènements survenus à Minneapolis, un nouveau terme ou, plus précisément, une nouvelle acception est apparue dans les médias francophones : « tsar » (la plupart du temps : « czar » en américain). Il ne s’agit pas d’un titre officiel, mais d’un sobriquet attribué par les médias anglo-saxons à un haut fonctionnaire chargé des pleins pouvoirs dans un domaine de l’État. Exemple : Tom Homan, dont le titre officiel est Director of U.S. Immigration and Customs Enforcement, est qualifié par les médias de « boarder czar ». Il est, selon Donald Trump, « tough but fair ».

Le terme français « tsar » ne véhicule pas ces connotations. L’équivalent le plus proche est plutôt « patron » : Tom Homan, le « patron » de l’Immigration et des Douanes.

Définition du terme en anglais :

https://en.wikipedia.org/wiki/Czar_(political_term)

Liste de « czars » américains :

https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_U.S._executive_branch_czars

Mots-clés : terminologie, traduction, anglais czar, français tsar, équivalent français patron, Tom Homan, boarder czar.

18 décembre 2025

Lost in translation… Poutine et les "petits cochons"…

Le 17 décembre, lors d’une réunion du ministère de la Défense, Vladimir Poutine s’en est pris violemment aux dirigeants européens, les qualifiant en russe de « подсвинки » (« podsvinki »).

La presse européenne a eu bien du mal à traduire ce mot. Dans la presse française, on relève « jeunes porcs », « petits cochons » ou « porcelets ». On se demande comment le public francophone a bien pu comprendre le sens véritable des propos de Poutine.

En effet, appliqué à des êtres humains, en français, « jeune porc » désigne quelqu’un de sale, de malpropre, physiquement ou moralement. « Petit cochon » a un côté polisson, qui ne semble guère convenir, par exemple, à Ursula von der Leyen. Quant à « porcelet », on a du mal à lui trouver un quelconque sens figuré. En fait, on a affaire, en russe, à un sens figuré, une image, une métaphore, impossible à traduire littéralement.

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BFMTV.com

« De “jeunes porcs” : Vladimir Poutine affirme que les dirigeants européens cherchent à “se venger” de la Russie. »

Facebook.com

« Poutine a attaqué les dirigeants européens, qualifiés de “petits cochons”, les accusant de vouloir profiter d’un effondrement de la Russie. »

Euronews

« Vladimir Poutine qualifie de “porcelets” les alliés européens de l'Ukraine. »

***

Ce que Poutine a réellement dit :

« В предыдущей администрации США полагали, что Россию разрушат и развалят. А европейские подсвинки включились в надежде поживиться, вернуть себе что-то, что было утрачено в прежние исторические периоды. »

Il est intéressant de voir comment certains sites de traduction automatique s’en sont tirés.

Le traducteur russe Yandex a carrément calé sur le mot :

« Dans l'administration précédente, les États-Unis croyaient que la Russie serait détruite et détruite [sic]. Et les podsvinki européens se sont allumés dans l'espoir de profiter, de récupérer quelque chose qui a été perdu dans les périodes historiques précédentes. »

Quant à Google Translate, comme on dirait au Québec, il a « coupé les coins ronds » :

« L'administration américaine précédente croyait à la destruction et au démantèlement de la Russie. Et les Européens, ces porcs, s'y sont joints, espérant en tirer profit et récupérer un héritage perdu au cours des périodes historiques précédentes. »

Il est clair que ce n’est pas le sens de ce qu’a voulu dire Poutine. Que signifie donc en russe подсвинок (podsvinok) ? Le terme relève de l'élevage porcin. Il est tellement peu courant que la presse russe, elle-même, a fait appel à des linguistes pour expliquer ce que cela voulait dire.

Il est intéressant de s’arrêter instant sur la formation du mot. Il est composé du préfixe « pod- », qui signifie « en-dessous », du radical « svin », qui signifie « cochon », et du suffixe diminutif « -ok ». Littéralement, cela désigne « un sous-petit-cochon », « un sous-porc-elet », « un sous-gor-et ».

Au sens propre, le mot désigne un porcelet de 4 à 10 mois, de 20 à 50 kg. Ce n’est plus un cochon de lait, mais ce n’est pas encore un cochon adulte, car il a encore besoin de sa mère.

Au sens figuré, il désigne quelqu’un d’immature, de dépendant, d’incapable de prendre des décisions par lui-même, mû par un instinct grégaire. La truie commande, les petits cochons suivent. L'image utilisée par le dictateur russe est celle de petits cochons, de petits gorets, qui se bousculent autour de leur mère pour obtenir quelque chose.

Les dirigeants européens sont donc vus par Poutine, d’une manière méprisante, comme des êtres immatures, dépendants, serviles, soumis à la volonté des Américains.

Pour trouver une image équivalente, il fallait donc changer d’animal pour se diriger plutôt du côté des moutons (pour leur instinct grégaire) ou des caniches (pour leur obéissance servile). Dans ce cas, on aurait mieux compris ce qu’a voulu dire le dictateur du Kremlin.

Mots-clés : traduction russe-français, métaphore, Vladimir Poutine, dirigeants européens, подвинки, podvinki, signification, jeune cochon, petit cochon, porcelet, goret, équivalents, caniche, mouton.

11 novembre 2025

La Sociolinguistique entre Science et Idéologie. Résumé rédigé par NotebookLM

La sociolinguistique entre science et idéologie de Lionel Meney constitue une critique détaillée du manifeste Le français va très bien, merci, publié par le groupe des « Linguistes atterrées » (LA). Meney soutient que les LA, bien que se positionnant comme scientifiques, adoptent une approche idéologique et politique en défendant des thèses sociolinguistiques controversées. La critique se concentre sur plusieurs points majeurs, notamment le rejet par les LA de l'idée que le français soit menacé par l'anglais, leur démolition de l'Académie française, et leur défense de l'orthographe laxiste, de l'écriture inclusive, et du langage SMS. Meney utilise des données statistiques sur la baisse des performances en orthographe pour contrecarrer les affirmations des LA et les accuse de partialité et d'inexactitude factuelle dans leurs analyses de la langue et des politiques linguistiques.

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I. Présentation et critique générale des Linguistes atterrées (LA)

Le livre de Lionel Meney se positionne comme une critique du Manifeste des Linguistes atterrées (Le français va très bien, merci), arguant que l'idéologie a pris le dessus sur la recherche scientifique dans leur ouvrage

1. Le Manifeste et son positionnement idéologique

Le Manifeste a été publié par un collectif de 18 universitaires internationaux (principalement français et belges, une Canadienne et un Suisse), visant à « rétablir quelques faits face à des contre-vérités » sur la langue. L'auteur du présent ouvrage critique le fait que ce collectif ne soit pas représentatif de la francophonie mondiale, s'étonnant de l'absence de linguistes africains, qui représentent pourtant 50 % de la Francophonie.

Les LA se présentent comme les « scientifiques de la langue », affirmant observer le langage avec objectivité et rigueur, en s'appuyant sur des méthodes précises, et prétendant n'émettre que des jugements de fait, sans jugement de valeur. Or, la critique de Meney souligne que les LA utilisent en réalité un argument d'autorité et un discours d'expert, rempli de certitudes, plutôt qu'un discours scientifique sur base d'hypothèses. Meney constate un glissement constant des jugements de fait vers les jugements de valeur.

2. Le « Combat démocratique » des LA

Le Manifeste s'inscrit dans un courant de sociolinguistes idéologiquement situés à gauche, voire à l'extrême gauche. Leur message principal est que la langue est caractérisée par de nombreuses variations (temporelles, spatiales, sociales, stylistiques, générationnelles) et que, « grosso modo... tout se vaut » et qu'il n'y a pas de « fautes ».

Le Manifeste se construit comme une quête visant à rétablir la vérité pour les « victimes de la norme imposée », considérant les linguistes comme des héros menant un « combat démocratique » pour les défavorisés (les jeunes, les provinciaux, les pauvres, les Belges). Les adversaires de ce combat sont clairement identifiés par les LA : la France, les Français, l'Académie française, les élites parisiennes, les puristes, les médias, et les dictionnaires établis à Paris.

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II. Examen critique des 10 sujets abordés

Les LA abordent dix sujets qui sont, selon Meney, des réfutations d'« idées reçues » ou de « contre-vérités ». La critique se concentre sur les inexactitudes, les contradictions et le manque de contextualisation des arguments des LA.

1. Sur le français et son appartenance

"Le français n’est plus « la langue de Molière": Les LA démontrent que le français de Molière est éloigné du français contemporain. La critique considère cela comme un « scoop » et une confusion entre une idée reçue et une simple figure de style (comme « la langue de Shakespeare »).

"Le français n’appartient pas à la France": La critique relève une « petite musique anti-française, anti-parisienne » dans cette affirmation. Meney rappelle le rôle historique majeur des rois de France, de Paris, des écrivains et des savants français dans la formation du français jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, une contribution que les LA omettent de mentionner. L'auteur souligne l'anticolonialisme sélectif des LA, qui critiquent la France (slogan Y’a bon Banania...) sans mentionner la politique linguistique coloniale belge au Congo ou l'utilisation du terme « Sauvages » au Canada.

2. Sur la menace de l'anglais (point 3)

"Le français n’est pas « envahi » par l’anglais": Les LA minimisent ou ignorent l'impact de l'anglais sur le français, rejetant la notion même d'anglicisme et affirmant que le « franglais n'existe pas en Europe » et n'a « pas d’assise linguistique ». Ils décrivent l'anglais et le français comme des « langues cousines »

• La critique réfute ces points en citant une étude selon laquelle 91 % des emprunts actuels viennent de l'anglais. Meney détaille les anglicismes touchant non seulement le lexique (mots, sens, phraséologie) mais aussi la grammaire (préfixes, suffixes, constructions syntaxiques). Les LA doivent reconnaître que l'anglais est « LA langue dominante à l'échelle planétaire ».

• Meney expose le « naufrage du français » dans le domaine du statut, citant la perte d'influence en diplomatie (seulement 2 % des textes à l'ONU et au SGC de l'UE sont en français) et dans la recherche scientifique (chute à 4,6 % des publications en 1980).

3. Sur l'Académie française (point 4)

"Le français n’est pas réglementé par l’Académie française": Les LA cherchent à décrédibiliser l'Académie, la décrivant comme incompétente (membres sans formation linguistique), paresseuse (dictionnaire non à jour), et élitiste.

• La critique rappelle que l'Académie a joué un rôle historique constant dans les adaptations orthographiques (notamment pour les Rectifications de 1990) et que l'importance des écrivains français dans la formation de la langue ne doit pas être minimisée. Meney reproche également aux LA leur contradiction : ils critiquent l'Académie mais citent en modèle l'Office québécois de la langue française (OQLF), une institution jugée encore plus « puriste ».

4. Sur l'orthographe et la compétence linguistique (points 5 et 6)

"Le français n’a pas une orthographe parfaite": Les LA souhaitent réformer l'orthographe, qu'ils considèrent comme un « marqueur social extrêmement puissant » qui handicape les enfants.

• La critique contredit l'idée que la valorisation de la maîtrise de l'orthographe soit propre à la France (citant les spelling bees aux États-Unis et les dictées dans d'autres pays). Meney présente des données de la DEPP (Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance) montrant une nette régression de la maîtrise de l'orthographe chez les élèves de CM2 entre 1987 et 2021, infirmant l'idée des LA selon laquelle « les jeunes n'écrivent pas de plus en plus mal ».

"L’écriture numérique n’@bîme pas le français": Les LA défendent le langage SMS comme une « très grande richesse » et une preuve de « pluricompétence » des jeunes. Meney démontre que le langage SMS est en réalité contraint techniquement (160 caractères, clavier alphanumérique) et manque de normes partagées, posant de graves problèmes de lisibilité et de compréhension. Des chercheurs belges cités par les LA ont d'ailleurs constaté l'incompréhensibilité de nombreux SMS et ont dû les transcrire en français standard pour les analyser, ce qui est cocasse.

5. Sur l'extension du féminin (point 9)

« Le français n’est pas en "péril"  face à l’extension du féminin »: Les LA traitent ce sujet de manière très brève (quatre courtes pages) et sans clarification des notions complexes de « genre grammatical » et de « genre social ».

• Les LA affirment, de manière inexacte selon la critique, que « le français n’a pas de genre neutre » et que « l'anglais ne connaît pas de genre grammatical ». Meney réfute ces deux points par une analyse grammaticale détaillée (l'anglais distingue le genre par les pronoms he, she, it, et le français possède un genre neutre morphologiquement marqué par le masculin).

• Concernant l'écriture dite inclusive, les LA montrent une certaine distance en n’utilisant pas le point médian dans leur propre nom. L'ouvrage cite des études (Harris Interactive/Mots-clés) montrant que, si la féminisation des noms de métiers est massivement acceptée (84 % favorables), l'utilisation du point médian est rejetée par 61 % des internautes et les néologismes non-binaires par 79 %. L'argument selon lequel le masculin générique demande trop d'énergie au cerveau est contredit par l'idée que l’écriture inclusive, avec ses multiples formes et accords complexes, contrevient à la loi d'économie d'énergie régissant l'activité cérébrale.

III. Conclusion : Idéologie et non-scientificité

La critique conclut que, bien que les LA se proposent de réfuter les idées reçues, ils alignent eux-mêmes « les poncifs, les contradictions et les fausses vérités ».

Contradictions sur la norme : Les LA affirment que « le français n’existe pas » et que « le standard unique est un mythe ». Pourtant, le manifeste lui-même est écrit dans une langue qu'un francophone instruit, quelle que soit son origine (France, Belgique, Québec, Suisse, Afrique), peut comprendre sans difficulté (un « supralecte » commun). Plus curieusement encore, après avoir rejeté la norme, ils estiment qu'il faut aider les jeunes à passer d'une « écriture libre et spontanée à un français plus normé » lorsque c'est nécessaire.

Priorité à l'oral et dénigrement de l'écrit : Les LA déclarent ne pas privilégier l'écrit ni les « bons auteurs » au profit de l'oral, qui reflèterait un usage plus spontané et les évolutions en cours. Meney rappelle l'importance de la tradition écrite en français et le rôle des écrivains dans la constitution du lexique et de la norme.

Le primat de l'idéologie : L'auteur note que Françoise Gadet (co-autrice du Manifeste) a reconnu qu'il était « difficile de parler de sociolinguistique sans ancrage politique ». Meney conclut que les Linguistes atterrées ont caché, derrière l'apparence irréprochable de la science, un discours « anti-élitiste, populiste, jeuniste, "progressiste", voire gauchiste, relativiste » pour se poser en arbitres d'un débat qu'ils cherchent à trancher au nom de la science.

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Si l'on devait comparer l'approche de la critique de Meney, elle agit comme un vérificateur de faits systématique : elle prend les affirmations des Linguistes atterrées, les analyse à la lumière de la linguistique historique, de la grammaire et des données chiffrées (DEPP, PIRLS, PISA), et conclut que le Manifeste mélange souvent la science et une idéologie militante.

 Mots-clés: Lionel Meney, La sociolinguistique entre science et idéologie, Linguistes atterrées, résumé, NotebookLM.