mercredi 10 octobre 2018

Doit-on dire « sauver», « épargner » ou « économiser »?

On trouve encore dans la publicité au Québec des emplois du verbe « épargner » pour traduire l'anglais « to save ». En réalité, il s'agit d'une impropriété. En français, « épargner » veut dire « mettre (de l'argent) en réserve, le mettre de côté » en vue d'un objectif (faire un achat important, préparer sa retraite, etc.). Ce n'est évidemment pas le cas dans ce contexte publicitaire. Il faut dire « économiser », c'est -à-dire « éviter ou réduire une dépense ». Quant au verbe « sauver » dans les expressions « sauver de l'argent » et « sauver du temps », il s'agit de calques de l'anglais « to save money » et « to save time ». On ne peut que s'étonner du fait que le Petit Robert enregistre « sauver » dans le sens d'« économiser » (avec la marque Régional, c'est-à-dire en l'occurrence Canada). Au Canada, les professeurs de français et de traduction auront bien du mal à convaincre leurs élèves ou leurs étudiants que cet emploi, universellement condamné au pays, n'est pas du « bon français ». « Monsieur, c'est français. C'est dans le dictionnaire! ». Pourquoi avoir consigné cet emploi, alors qu'il y aurait bien d'autres termes canadiens plus intéressants et plus corrects à retenir?

Mots-clés : langue française; français québécois; traduction; anglicisme; impropriété; to save; sauver, épargner; économiser; Petit Robert; marque Régional.












dimanche 30 septembre 2018

Doit-on dire « détenir la balance du pouvoir »?

Le résultat des élections provinciales de 2018 s'annonce très serré. Deux partis sont en avance, pratiquement à égalité. Un troisième pourrait brouiller les cartes. C'est dire qu'on va voir fleurir sous la plume des journalistes l'expression « détenir la balance du pouvoir », pour dire qu'aucun des deux partis n'aura obtenu suffisamment de sièges pour gouverner tout seul. Il devra faire appel à un tiers parti.
L'expression « détenir la balance du pouvoir » est un calque de l'anglais « to hold the balance of power ». Il faut absolument l'éviter (même si le site de traduction Lingee, peu regardant sur ses exemples, la donne comme étant du français). En réalité, en français on dispose de plusieurs expressions pour rendre cette idée. La plus courante est « être ou se retrouver en position d'arbitre ». En deuxième position, on trouve « détenir la clé du scrutin ». Enfin, plus rarement et plus d'une manière plus expressive, on dit « se retrouver en position de faiseur de roi ».
Mots-clés : langue française; français québécois; anglicisme; calque; détenir la balance du pouvoir; to hold the balance of power; être en position d'arbitre; détenir la clé du scrutin; être en position de faiseur de roi; Lingee.

jeudi 27 septembre 2018

Comment traduire le mot anglais « pack » sur les emballages ?

On dit souvent que les mots français sont plus longs que les mots anglais. On a souvent raison, mais il est au moins un cas où le français a un mot plus court que son équivalent anglais. Malheureusement les traducteurs canadiens ne l'utilisent guère, sinon pas du tout. Je veux parler de l'équivalent du mot anglais « pack » utilisé sur certains emballages. Les traductions canadiennes donnent « emballage » ou « ensemble ». Ces deux mots sont plus longs que « pack ». Emballage ne convient pas dans la mesure où ce n'est pas l'emballage qui intéresse l'acheteur potentiel, mais son contenu. Ensemble est très lourd et ne désigne pas forcément un ensemble de choses identiques. Pourtant il est un mot très simple, très court, plus court que pack, pour désigner un « ensemble de marchandises ou de produits vendus ou donnés ensemble » (Petit Robert), c'est le mot « lot ». Ce terme est d'un emploi courant dans ce contexte dans la langue commerciale de l'Europe francophone. Il serait souhaitable que les traducteurs canadiens se l'approprient.


Mots-clés : langue française; français canadien; traduction; pack; emballage; ensemble; lot.

mercredi 26 septembre 2018

Les charmes de la Catalogne française. Perpignan, Collioure et le Canigou.

Par Lionel Meney

Chaque année, depuis plus de vingt ans, j’éprouve le même émerveillement lorsque, sur l’autoroute du sud de la France, qui mène en Espagne, sur les derniers contreforts des Corbières, l’Occitane cède la place à la Catalane. Le temps de plonger dans la plaine, à 130 km/h, devant moi, pendant quelques minutes de conduite, s’étend le pays catalan, dans ses trois composantes : au sud, la barrière des Pyrénées, au nord, la plaine du Roussillon, à l’est, la Grande Bleue, la mer Méditerranée. Et lorsque souffle la tramontane, ce vent de terre qui assèche l’atmosphère, au détour de l’autoroute se dresse subitement le pic du Canigou, et s’étale la côte sablonneuse, mince cordon jaune entre les étangs gris et la mer turquoise, jusqu’à la côte Vermeille, aux confins de l’Espagne.

Perpinyà la catalana

Il faut découvrir Perpignan à pied. Laisser la voiture sur le cours François Palmarole, ombragé de platanes et de palmiers, donnant à la ville un caractère nord-africain, pour partir à la découverte de la vieille ville catalane. On y pénètre par le Castillet, gracieux châtelet espagnol en brique rose, véritable décor d’opérette, qui commandait autrefois les portes de la ville, pour remonter jusqu’à la place de la Loge, élégant bâtiment des XIVe-XVIe siècles, où se tenait le tribunal maritime au temps où Perpignan était un port de mer. Sur la placette, vous aurez peut-être la chance d’entendre le son d’une cobla (orchestre), d’assister à un spectacle de sardane, cette danse et cette musique étranges, propres aux Catalans, et vous pourrez même entrer dans la ronde des danseurs chaussés de leurs vigatanes (espadrilles). Il ne faut pas manquer de continuer votre exploration des ruelles étroites et tortueuses et des placettes bordées de maisons à encorbellement, aux façades en cayrou de briques et de galets tirés des torrents des Pyrénées, ne pas craindre d’entrer, pour y jeter un coup d’œil, dans les cours sombres des hôtels particuliers, construits autour d’un atrium. Si la chaleur se fait trop lourde, faites une halte dans la cathédrale Saint-Jean et sa fraîcheur bienfaisante. Vous redescendrez par la place de la République, récemment réhabilitée, où se tient un marché en plein air, puis par la place Arago, où le peintre Raoul Dufy avait installé son atelier, pour suivre le quai Vauban, le long de la Basse, petite rivière canalisée, bordée de gazon et de lauriers roses. Arrêtez-vous pour prendre un rafraîchissement chez le glacier Espi. (L’agua lemon panaché est fameux).

Mar…

Deux types de littoral se succèdent du nord au sud. D’abord une côte basse, rectiligne, long lido de sable fin et blond, coincé entre la mer et les étangs. Ensuite, une côte rocheuse, escarpée, découpée, la côte Vermeille, qui doit son nom au schiste, qui prend ici des teintes rouge rosé au lever et au coucher du soleil. Les stations de la côte basse (Port-Barcarès, Canet-Plage, Argelès), stations familiales, sont entièrement dédiées aux plaisirs de la baignade et du bronzage. Les plages de sable sont immenses, mais bondées en été (surtout entre le 14 juillet et le 15 août). Les stations de la côte rocheuse (Collioure, Port-Vendres, Banyuls) sont plus pittoresques, plus variées, mais moins propices à la baignade et au farniente (les galets remplacent le sable), sauf pour les amoureux des petites criques secrètes (et de la bronzette intégrale), que l’on atteint après une marche sportive dans une garrigue odorante. Il faut faire (en voiture ou à bicyclette) le circuit de la côte Vermeille, route sinueuse, qui surplombe la mer, souvent entre les vignes, offrant des vues splendides. Si possible, il faut monter jusqu’à la tour Madeloc, ancienne tour à signaux, par une route sinueuse, qui déroule ses lacets entre des forêts d’oliviers et de chênes-lièges (la fin du trajet se fait à pied). Là-haut, à 652 m d’altitude, on jouit d’un panorama époustouflant sur toute la côte, surtout les jours de tramontane, avec en bas le petit port de Collioure.

Justement Collioure : voilà une visite à ne pas manquer. Il faut la faire dans la fraîcheur du matin, avant que le soleil ne vienne imposer sa chape de plomb, et les villégiateurs envahir ses rues après une trop courte nuit. Ou bien de nuit, pour profiter de la douceur de l’air, se promener sur les quais tortueux, qui bordent l’eau limpide du port, admirer les barques catalanes multicolores, le fort Saint-Elme illuminé, comme accroché à la colline, flâner sur les quais, s’attarder au spectacle des musiciens ou des comédiens de la rue. Le site de Collioure est exceptionnel. Ce n’est pas pour rien que des peintres, Matisse, Derain, Marquet et quelques autres, sont venus, au début du siècle dernier, y  poser leurs chevalets, créant dans cet obscur petit port catalan, alors uniquement voué à la pêche aux anchois, ce qui allait devenir le fauvisme. Une crique enserrée dans un écrin de montagnes, qui tombent dans la Méditerranée, protégeant le petit port des rafales de la tramontane et des coups de mer, des quais et des maisons posés au pied du château des rois de Majorque, aux murailles impressionnantes, une église romane aux murs de schiste et de galets, dont le célèbre clocher surplombe la mer, une explosion de couleurs sans nuances. L’impressionnisme, avec ses teintes subtiles, n’aurait pas pu naître ici. Il ne faut pas manquer de s’asseoir, le soir venu, dans le fauteuil d’un des restaurants de la plage du Boramar, pour y admirer la vue sur l’église et la crique, en dégustant un muscat ou un banyuls.

… i Muntana

À quelques dizaines de kilomètres de la mer se dresse la barrière des Pyrénées, frontière naturelle entre la France et l’Espagne, avec des montagnes de plus de 2500 m, aux sommets enneigés jusqu’au printemps. Il faut faire l’ascension du Canigou, la montagne sacrée des Catalans. De préférence, en dehors de la période du 14 juillet au 15 août, pour éviter la foule des touristes et en partant très tôt le matin, de manière à arriver au sommet alors que l’atmosphère est encore claire. L’ascension se fait en deux temps. Pour commencer, il vaut mieux se faire conduire jusqu’au chalet des Cortalets en véhicule tout-terrain. La route forestière, très spectaculaire, serpente à travers des forêts de châtaigniers, pour atteindre le domaine des rhododendrons et des estives, où paissent, en semi-liberté, des troupeaux de vaches et de chevaux. Le chalet est situé dans un petit bassin accroché à 2 150 m d’altitude. Une excellente occasion de goûter, au restaurant du chalet, au plaisir d’un repas montagnard en compagnie d’autres randonneurs, avant de partir à l’attaque (à pied) de la dernière partie de l’ascension, jusqu’au pic du Canigou (2 800 m). Ascension accessible à tout marcheur (mais il faut être en forme, avoir des vêtements adaptés, de bonnes chaussures et une réserve d’eau), à travers des chaos rocheux impressionnants. La récompense se trouve au sommet, d’où l’on découvre, tôt le matin, par temps clair, un panorama de 360 degrés sur les deux Catalogne, la française et l’espagnole (ou, si vous préférez, la Catalogne nord et la Catalogne sud), jusqu’à la mer.

La nature a favorisé le pays catalan. Les hommes ont su y créer un art de vivre original, alliant tradition et modernité, plaisirs de la mer et de la montagne, gastronomie, peinture et musique. Les Québécois ne peuvent pas ne pas sentir d’affinités particulières avec les gens de là-bas, industrieux, accueillants et fiers de leur culture.

Lieux à visiter :

- architecture militaire : le Castillet (Perpignan), château de Salses, château de Collioure, palais des rois de Majorque (Perpignan), Villefranche-de-Conflent, Mont-Louis.
- architecture religieuse : abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa, abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, cathédrale Saint-Jean (Perpignan), cloître d’Elne, prieuré de Serrabonne.
- beaux villages : Eus, Mosset, Castelnou, Villefranche-de-Conflent.
- caves : cellier des Templiers (Banyuls), caves de Rivesaltes.
- musées : Musée de la préhistoire (Tautavel), Musée d’art moderne de Céret (Picasso, Chagall, Soutine ont peint à Céret), Musée Maillol (sculptures, Banyuls).

Activités :

- baignade, nautisme, plongée sur la côte.
- festivals : Les Estivales de Perpignan (théâtre, concerts, danse); Festival Pablo Casals (musique classique, Prades); Festival international de photojournalisme (Perpignan).
- randonnées pédestres (dans la montagne, le Canigou) et équestres (dans la plaine).
- thermalisme : Amélie-les-Bains, Molitg-les-Bains, La Preste-les-Bains,Vernet-les-Bains.

Spécialités :

- anchois de Collioure
- jambon de montagne (serrano)
- tourons (nougats)
- vins (muscat de Rivesaltes, banyuls)

Mots-clés : tourisme; France; Catalogne nord; Pyrénées orientales; Roussillon; Perpignan; Collioure; Céret; Canigou.

copyright : Lionel Meney 2006.

mardi 25 septembre 2018

Doit-on dire « faire sortir le vote » ou « mobiliser ses électeurs » ou quoi encore ?


Au Québec, à l'approche des élections provinciales, les sondages annonçant des résultats très serrés, il faut s'attendre à ce que fleurisse sous la plume de nos journalistes l'expression «  faire sortir le vote », qui est un calque de l'anglais « to get out the vote ». Même si un site de traduction comme Linguee, peu scrupuleux dans le choix de ses exemples canadiens, donne « faire sortir le vote », il faut s'abstenir d'employer cette expression. En français standard, on dira « inciter ses sympathisants à aller voter », « mobiliser ses électeurs » ou « mobiliser son électorat ».
Mots-clés : langue française; français québécois; anglicisme; faire sortir le vote; to get out the vote; inciter ses sympathisants à aller voter; mobiliser ses électeurs; mobiliser son électorat; Linguee.

Doit-on dire « vote populaire » ou « suffrage universel » ou quoi encore?


Au Québec, avec l'approche des élections provinciales et notre système électoral uninominal à un tour, on risque fort bien d'avoir un gouvernement majoritaire en nombre de députés, mais minoritaire en nombre de voix. Il faut donc s'attendre à ce que fleurisse sous la plume de nos journalistes l'expression « vote populaire », qui est un calque de l'anglais « popular vote », même si un site de traduction comme Linguee, peu scrupuleux dans le choix de ses exemples canadiens, le donne comme équivalent.
Comment doit-on exprimer cette notion en français ? Cela dépend du contexte, car le terme anglais recouvre plusieurs cas de figure. Il peut désigner : 1) l'ensemble des électeurs; dans ce cas, il correspond à « suffrage universel »; to be elected by popular vote : être élu au suffrage universel. 2) un système électoral à un tour; cela correspond à « suffrage direct »; to be elected by popular vote : être élu au suffrage direct. 3) le nombre de suffrages exprimés / de suffrages / de voix recueillis au premier tour d'une élection au suffrage indirect; to receive 40% of popular vote : recueillir 40% des suffrages exprimés / des suffrages / des voix; to win the popular vote : gagner en nombre de voix /  de suffrages exprimés. 
Mots-clés : langue française; anglicisme; popular vote; vote populaire; suffrage universel; suffrage direct; suffrage exprimé; nombre de voix; consultation populaire; Linguee.