samedi 9 novembre 2019

Le politiquement correct (quelques notes).

De nos jours, la langue de bois a pris, entre autres, la forme du politiquement correct. Le point commun entre les deux phénomènes est le désir de changer la perception de la réalité en manipulant le  langage.
1. Origine et signification du terme politiquement correct.
Comme beaucoup de phénomènes sociaux de notre époque, le politiquement correct, et le terme qui le désigne, nous sont venus des États-Unis. Politiquement correct est un calque, c'est-à-dire une traduction littérale de l'américain politically correct. Un calque comme le montre l'ordre des mots : l'adverbe est placé devant l'adjectif, comme dans ces deux autres calques, maladie sexuellement transmise, d'où le sigle MST (sexually transmitted diseases), organisme génétiquement modifié, d'où le sigle OGM (genetically modified organism). C'est donc un calque  de construction ou calque syntaxique.
En anglais, on parle aussi de political correctness. Cela donnerait en français correction politique, mais c'est assez rare à cause de son caractère ambigu. On dit plutôt rectitude politique au Québec (terme lui aussi ambigu) et bien-pensance en Europe francophone. 
Le politiquement correct (nom masc.) est un syntagme adjectival substantivé.
Le politiquement correct désigne un langage qui évite de blesser ou de stigmatiser les membres de certains groupes minoritaires dans la société.
2. Champ d'application de termes politiquement corrects.
Les minorités au sens large. La première « minorité », - « minorité » d'un point de vue social, en fait majorité du point de vue du nombre -, ce sont les femmes. Ensuite certaines races (peut-on encore employer ce terme ?), certaines « minorités visibles », certains peuples et certaines ethnies (les Noirs, les Arabes, les Asiatiques). Certaines religions (en fait surtout l'islam; voir dans ce blog le billet islamophobie). Certaines orientations sexuelles (homosexuels, transgenres). Certains handicaps physiques (cécité, surdité) ou particularités physiques (nanisme, obésité). Certains âges (vieillesse). Certaines professions (parmi les plus modestes dans l'échelle des valeurs sociales traditionnelles).
3. Du politiquement correct au linguistiquement correct. Quelques procédés.
Afin de combattre les discriminations, l'idée est de remplacer des termes traditionnels, considérés comme dépréciatifs, par des termes dits « neutres ».
- Élimination de termes traditionnels considérés comme dépréciatifs ou diviseurs : aveugle, infirme, nain, sourd, avortement, Homme dans Droits de l'Homme, etc.
- Création de locutions de remplacement : personne + (de petite taille, en surcharge pondérale, à mobilité réduite, etc.).
- Création de sigles : IVG (interruption volontaire de grossesse); GPA (gestation pour autrui ou maternité pour le compte d'autrui ou recours à une mère porteuse); PMA (procréation médicalement assistée).
- Recours à des euphémismes (figure de style consistant à atténuer l'expression de faits ou d'idées considérés comme désagréables dans le but d'adoucir la réalité) : la diversité (les populations immigrées ou descendant d'immigrés); personne en cessation d'emploi (chômeur).
- Création d'oxymores (figure de style visant à rapprocher deux termes, un nom et un adjectif) dont le sens devraient les éloigner, dans une formule en apparence contradictoire) : discrimination positive (discrimination = traitement inégal et défavorable appliqué à certaines personnes; positif = qui affirme du bien, qui est favorable à qqn).
4. Quelques exemples de politiquement correct.
- Droits humains, Droit de la personne (au Canada) pour remplacer Droits de l'homme (considéré comme excluant les femmes). Cf. la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (France, 1789); la Déclaration universelle des droits de l'homme (ONU, 1948). Le français a un problème : le mot homme désigne à la fois : 1) un être humain (« être (mâle ou femelle) appartenant à l'espèce animale mammifère primate de la famille des hominidés » selon Le Petit Robert); 2) un être humain de sexe masculin (« être humain mâle », Le Petit Robert). L'allemand avec der Mensch ou le russe avec человек , qui désignent tout être humain, n'ont pas ce problème.
- Féminisation des titres (une auteure vs une auteur ou un auteur) et Écritures inclusives : ici on pourrait évoquer ces deux phénomènes qui pourraient plutôt faire l'objet d'un autre billet.
- Genre (gender) vs sexe. Désigne les différences non biologiques entre les femmes et les hommes. Identité sexuelle (biologique) vs identité de genre (psychologique).
- Race vs type, ethnie. Y a-t-il des races humaines ? Le fait de reconnaître l'existence de races humaines mène-t-il obligatoirement au racisme ? Un exemple français : L'article premier de la Constitution de la République française proclame  : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. » Le 27 juin 2018, les députés français ont voté à l’unanimité pour la suppression du mot « race » de l’article premier de la Constitution. La loi française condamne le racisme, mais la Constitution nie désormais l'existence même de races humaines…
- Dénominations de certains peuples, de certaines ethnies : au Canada, les Premières nations (vs autrefois et naguère les sauvages, les  Indiens, les Amérindiens); les Autochtones (les Premières nations + Inuit + Métis). Les Québécois qui vivent ici depuis plus de 410 ans ne sont donc pas considérés comme autochtones (« qui est issu du sol même où il habite, qui n'est pas venu par immigration ou n'est pas de passage », Le Petit Robert); Inuit (en remplacement d'Esquimau, nom d'origine obscure : pour certains du cree « qui mange de la viande crue »; pour d'autres « qui parle une langue étrangère »; pour d'autres encore du montagnais « qui corde des raquettes »); Afro-américain (vs nigger, the N-word, Black, Noir); gens du voyage vs gitan, etc.
- Désignation de certains handicaps physiques : non-voyant vs aveugle (cécité); malentendant vs sourd (surdité); personne de petite taille vs nain (nanisme); personne en surcharge pondérale vs personne obèse (obésité); personne à mobilité réduite vs infirme, invalide.
- Désignation de certains âges : les aînés au Québec; les seniors en France vs les vieux, les vieillards, les personnes âgées (vieillesse).
- Désignation de certaines professions : hôtesse de caisse vs caissière (France); professeur des écoles vs instituteur (France); technicien de surface vs balayeur; travailleuse du sexe vs prostituée; personne en cessation d'emploi vs chômeur.
- Désignation de certains actes : discrimination positive ; IVG (interruption volontaire de grossesse) vs avortement; appropriation culturelle vs emprunt culturel.
5. Évaluation du politiquement correct.
- Côté positif : nécessité de reconnaître la dignité de toutes les personnes, le droit de chacun d'être respecté dans ce qu'il est.
- Côtés plus critiquables :
- Cela amène à la création de désignations lourdes, parfois ridicules (technicien de surface), mais il y a plus grave.
- Cela dénote la volonté de certains groupes activistes de contrôler le langage, d'imposer une sorte de police du langage et, par l'intermédiaire du choix des mots, d'imposer leurs valeurs à l'ensemble de la société.
- C'est souvent une entrave à la liberté d'expression en faisant peser une forme de censure sociale sur les personnes (par exemple les journalistes) ou une forme d'autocensure (puis-je employer ce mot ?).
- C'est une entrave à la liberté des débats dans une société démocratique (par exemple le débat sur l'islam est piégé par le concept d'islamophobie).
- C'est une entrave à la liberté d'expression artistique (cela concerne les écrivains, les metteurs en scène, les humoristes, les caricaturistes). Voir les affaires Slav et Kanata de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine.
- C'est une entrave à la liberté de recherche scientifique. Voir les lois mémorielles en France (esclavage, Shoah, génocide arménien) et la réaction d'un groupe d'historiens (1).
- Paradoxalement cela favorise l'apparition d'une nouvelle forme de stigmatisation : tous les groupes minoritaires sont protégés, seuls ceux qui n'entrent pas dans l'un de ces groupes (en fait les « mâles blancs hétérosexuels ») ont droit à la critique sans risque de rappel à l'ordre.

Un exemple canadien de politiquement correct : Justin Trudeau, mankind vs peoplekind, aussi patrimoine vs héritage culturel.

La Presse canadienne, 07/02/2018, « Lors d'une assemblée publique […], le premier ministre a interrompu une femme qui, dans sa question, avait utilisé le mot "mankind". Comme le terme "humanité" en anglais réfère directement à l'Homme ("man"), M. Trudeau a dit lui préférer le terme "peoplekind" ». Une illustration de "langue inclusive", un peu comme vouloir remplacer "patrimoine" par "héritage culturel", en français. »
(1) Dans un appel « Liberté pour l'histoire », 19 historiens (dont Élisabeth BadinterAlain Decaux et Marc Ferro) ont demandé l'abrogation de toutes les lois « historiques », soit la loi du 23 février 2005, la loi Gayssot, la loi Taubira et la loi portant reconnaissance du génocide arménien. Cet appel affirme que ces lois « ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver » et que « l’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous ».
Mots-clés : politically correct; politiquement correct; bien-pensance; rectitude politique; définition; analyse; exemples; France; Canada.

Islamophobie : un terme au sens dévoyé.


 Si l'on consulte Le Petit Larousse ou Le Petit Robert, on trouve une définition plus que contestable du terme islamophobie. Ces deux dictionnaires s'accordent pour opérer un glissement de sens qui n'a aucune raison d'être étymologiquement parlant. Il s'explique seulement par une soumission à la pression qu'exerce sur nos sociétés l'islamisme politique.

Le Petit Larousse :
islamophobie : hostilité envers l'islam, les musulmans.
Le Petit Robert :
islamophobie : hostilité contre l'islam et les musulmans.

Ce dictionnaire va encore plus loin dans le détournement de sens, en illustrant sa définition par l'exemple suivant, particulièrement biaisé : « L'islamophobie est alimentée par un amalgame avec l'islamisme intégriste. »

Le Petit Robert ne connaît ni christianophobie ni judéophobie; le Petit Larousse ne connaît pas christianophobie; aucun des deux ne consigne athéophobie.

Sur la christianophobie, lire :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Antichristianisme 

Cette mouvance s'efforce de faire passer la critique d'une religion qui, pour les non-croyants n'est qu'une idéologie parmi d'autres, pour du racisme envers ceux qui la professent. Le but est clair : il s'agit d'empêcher toute remise en cause de cette religion, en particulier dans sa lecture littérale.

Or, que veut dire réellement islamophobie ? Si l'on analyse la formation de ce terme, on distingue deux éléments : islam et phobie.

Le terme islam, nous l'avons dit, ne désigne ni une race, ni un peuple, ni même un groupe d'êtres humains. Il désigne une religion, c'est-à-dire une idéologie.

Le terme phobie a deux sens principaux :
- Il désigne une peur irraisonnée de quelque chose. L'agoraphobie désigne la peur des espaces publics, de la foule; la claustrophobie, la peur des espaces confinés.
- Il désigne aussi l'hostilité nourrie à l'égard d'un groupe humain (à cause de son orientation sexuelle, de son origine nationale, de sa religion, etc.).

L'homophobie désigne l'hostilité vis-à-vis des homosexuels; la xénophobie, vis-à-vis des étrangers; la francophobie, vis-à-vis des Français; l'arabophobie, vis-à-vis des Arabes; la christianophobie, vis-à-vis des chrétiens; la judéophobie, vis-à-vis des Juifs; l'athéophobie, vis-à-vis des athées. Pour désigner l'hostilité vis-à-vis des musulmans, l'anglais utilise le terme muslim(o)phobia, le français a musulmanophobie.

De cela, il découle clairement que l'islamophobie désigne la peur vis-à-vis non pas d'une population – les musulmans -, mais d'une religion – l'islam ou l'hostilité envers cette religion.

islamophobie : crainte de l'islam ou hostilité envers cette religion.

Jusqu'à preuve du contraire, dans le pays de Voltaire, nous avons conquis de haute lutte le droit de critiquer une religion, quelle qu'elle soit.

Il serait souhaitable que Le Petit Larousse et Le Petit Robert corrigent leur définition tendancieuse de ce terme afin de la rendre conforme à la réalité de ce qu'il désigne étymologiquement.
...
Pour l'origine et les différentes interprétations du sens de ce terme, lire :
https://islamophobie.hypotheses.org/193
... 
« Sur BFM TV, Tareq Oubrou, Grand Imam de la mosquée de Bordeaux, déclare : "Ce que je crains moi, c'est l'effet inverse que pourrait produire cette manifestation [contre l'« islamophobie » à Paris le 10 novembre 2019]. Ce qui nous intéresse, c'est la cause de cette peur de l'islam. Comment la traiter ? Tout le monde doit assumer sa part de responsabilité. On a besoin d'un débat en profondeur et une manifestation ne réglera pas cette problématique. »
...
Mot-clés : islamophobie; musulmanophobie; christianophobie; judéophobie; athéophobie; définition; étymologie; glissement de sens; Le Petit Larousse; Le Petit Robert.

jeudi 7 novembre 2019

Monoprix et « la food » : un exemple d'anglomanie ridicule.

Chez Monoprix, on ne vend plus d'alimentation. Ça fait ringard. Comme on est branché, on vend « de la food » ! Vous ne trouverez plus votre yaourt favori au rayon alimentation, mais au rayon food... Plus débile, tu meurs !

Mots-clés : anglomanie; snobisme; anglicisme; alimentation; la food; Monoprix.

mercredi 6 novembre 2019

À propos du yiddish à New-York et des traductions de Google Translate.


« The city and state governments have reputations for publishing Yiddish translations that just don’t look right – like they came out of Google Translate, using words and phrases that the community doesn’t use. »
Mots-clés : yiddish; langue en voie d'extinction; mauvaise traduction; Google Traduction; Google Translate; New-York.


lundi 4 novembre 2019

Le dictionnaire québécois Usito, Victor Hugo et la pieuvre (3).


Usito, prétendument « dictionnaire général et complet » du français québécois, a en réalité repris massivement les termes, les sens et les définitions du dictionnaire du Centre national de la recherche scientifique de France Le Trésor de la langue française en 16 volumes. Mais il n'a pas tout gardé du TLF. Il l'a expurgé de la plupart des citations d'auteurs non québécois. Exit les Diderot, Rousseau, Voltaire, Chateaubriand, Hugo, Balzac, Flaubert, Proust, Camus, De Beauvoir et autres Jean-Paul Sartre qui, comme chacun sait, n'ont pas contribué à faire ce que la langue française est de nos jours…
Cette entreprise de nettoyage culturel est absurde, ridicule, inculte. Comme si le « français standard » des Québécois d'aujourd'hui n'était pas largement tributaire de ce qu'ont fait tout au long de l'histoire les auteurs français ! Comme s'il y avait une frontière étanche entre les cultures québécoise et française ! Comme si les Québécois cultivés ne partageaient pas, pour une grande part, leur culture avec les « Français de France (1) » ! Comme si la lecture d'une citation de Victor Hugo allait agresser leur identité de lecteur québécois !
Les exemples de collaboration et de fusion entre les deux cultures sont innombrables. Claude Poissant monte Molière, Marivaux, Musset au théâtre Denise-Pelletier à Montréal. Michel Tremblay est joué au Théâtre du Rond-Point à Paris. Céline Dion chante du Jean-Jacques Goldmann à Bercy. Xavier Dolan occupe les salles obscures de l'Hexagone. Robert Lepage collabore avec Ariane Mnouchkine pour présenter Kanata à la Cartoucherie du Bois de Vincennes. Après avoir collaboré avec Michel Berger dans Starmania, Luc Plamondon s'inspire de Victor Hugo pour écrire le livret de Notre-Dame de Paris sur la musique du franco-italien Richard Cocciante…
Justement Victor Hugo, exilé à Guernesey, expulsé d'Usito. Pourquoi Guernesey ? Parce que c'est là que l'auteur des Travailleurs de la mer a entendu pour la première fois ce mot des parlers normands : pieuvre (2).
Un mot que Victor Hugo a magnifiquement illustré dans le combat de Gilliatt avec la pieuvre. C'est lui qui l'a popularisé. C'est lui qui a fait qu'il est devenu usuel en français. C'est grâce à lui que les Québécois d'aujourd'hui l'emploient. On le trouve pour la première fois en 1866 dans Les Travailleurs de la mer. À l'époque, l'élite canadienne-française éclairée lisait déjà Victor Hugo.
« Ce monstre est celui que les marins appellent poulpe, que la science appelle céphalopode […]. Dans les îles de la Manche, on le nomme la pieuvre » (Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, 1866, Paris, Bibliothèque Folio, Gallimard, p. 437).
Avec cette citation, on assiste à la naissance d'un mot dialectal devenant mot français. Voilà qui aurait fait un bel exemple ! Il comporte, sous la plume d'un des plus grands écrivains français, universellement connu, les trois termes qui désignent dans notre langue l'animal dont le nom scientifique est Octopus vulgaris. Mais Usito n'a pas supporté de devoir citer Victor Hugo, ce non-Québécois, même dans ce cas exceptionnel. Pourtant il aurait pu le faire puisqu'il nous apprend, si l'on clique sur une icône discrète en bas de page de l'article pieuvre, que, grâce à un accord avec les lexicographes français, il peut « s'appuyer […] sur des citations issues de Frantext pour les auteurs littéraires français. » On ne peut pas dire qu'il ait abusé de cette permission-là…
Il est des mots dont on ignore l'origine; des mots dont on connaît le créateur (3); des mots dont on connaît celui qui les ont diffusés. Dans le cas de pieuvre, c'est Victor Hugo. Il aurait été tout simplement honnête, pour ne pas dire cultivé, de le reconnaître. Même si Usito n'avait pas la culture nécessaire pour connaître ce fait de culture générale, l'article du TLF, qu'il a utilisé était assez clair pour leur en suggérer l'idée. Au lieu de cela, Usito a retiré la citation du TLF. Il lui a préféré cette citation de La Presse, censée apporter une plus-value québécoise par rapport à celle de Victor Hugo :
« certains céphalopodes qui, comme la pieuvre, émettent une encre noire pour troubler l'eau et cacher leur fuite » (La Presse, 1995).
Curieux de savoir quel auteur québécois avait eu la chance de bumper Victor Hugo, je suis allé voir l'article d'où est tirée cette citation. Le plus comique, si l'on peut dire, de l'histoire, c'est que l'auteur de cette citation « bien québécoise », tirée d'un journal « bien québécois », donc suffisamment politico-linguistiquement correct pour zapper celle de Victor Hugo, n'est autre que François Lubrina, médecin-vétérinaire, journaliste et membre élu de l'Assemblée des Français à l'étranger pour la circonscription de Montréal… Lucky Usito ! Pour qu'une citation ait l'honneur d'Usito, il n'est pas nécessaire qu'elle soit vraiment québécoise, il suffit qu'elle en ait l'apparence… Au résultat, Usito représente un appauvrissement considérable par rapport au Trésor de la langue française comme le montre le tableau suivant :

Tableau 1 Article PIEUVRE – Renseignements fournis par le TLF et Usito.

nombre d'/de
TLF
Usito
source
acceptions
4
2
TLF
citations
9
1

acception 1
Victor Hugo
Élie Faure
Guy de Maupassant
La Presse

+
+
+





+

acception 2
George Sand
Pierre Loti
Marcel Proust

+
+
+


acception 3
Victor Hugo

+


acception 4
Pierre Véron

+


Annexe : Les meilleures ventes de livre au Québec en 2018 (source : Bilan Gaspard).

Tableau 1 Catégorie Littérature Top 10.

1.
La Jeune et la nuit Guillaume Musso
2.
Une fille comme elle Marc Lévy
5.
La disparition de Stéphanie Mahler Joël Dicker
7.
Un appartement à Paris Guillaume Musso

Tableau 2 Catégorie Théâtre Top 10.

1.
Rhinocéros Eugène Ionesco
2.
Huis Clos Jean-Paul Sartre
3.
Paroles Jacques Prévert

Tableau 3 Catégorie Essais Top 10.

5.
Exercice de style Raymond Queneau
7.
L'Été Albert Camus
10.
Un hosanna sans fin Jean d'Ormesson

Tableau 4 Catégorie Dictionnaires Top 20.

1.
Bescherelle – L'Art de conjuguer
2.
Le Petit Larousse illustré 2019
3.
Dictionnaire de poche français-anglais anglais-français Larousse
4.
Le Robert & Collins poche Le Robert
8.
Dictionnaire Larousse poche
11.
Le Petit Larousse illustré 2018
12.
Dictionnaire Larousse junior
14.
Dictionnaire Le Robert junior
15.
Larousse School français-anglais anglais-français
18.
Le Robert micro poche
20.
Le Petit Robert
 (1) Les ventes en librairie indiquent une présence forte des livres français (en particulier les romans et les essais). Les prêts dans les bibliothèques publiques montrent aussi l'intérêt des lecteurs québécois pour les livres français. Ce phénomène culturel est renforcé par l'audience des émissions de TV5 Québec Canada. Voir Tableaux supra.
(2) Mot, qui vient du grec πολύπους, signifiant « plusieurs pieds », par le latin polypus, tout comme poulpe, emprunté lui aux parlers provençaux. Les deux mots sont un doublet.
(3) Par exemple, le mot ordinateur a été inventé par le philologue Jacques Perret, encore un non-Québécois, en 1955 : https://www.tomshardware.fr/il-y-a-58-ans-le-mot-ordinateur-etait-invente/

Ce billet rend compte de l'article PIEUVRE dans Usito en date du 4 novembre 2019.
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Mots-clés : français québécois; dictionnaire; nationalisme linguistique; nettoyage culturel; citations; auteurs français; inculture; Usito; Victor Hugo; pieuvre; meilleures ventes de livres au Québec; 2018.