28 février 2026

Nouveau dérapage incontrôlé de Mélenchon

« L’affaire Epstein ? Ah je voulais dire Epstine pardon, cela fait plus russe. Alors maintenant, vous direz Einstine au lieu d’Einstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire », a ironisé Jean-Luc Mélenchon devant une foule d'aficionados hilares. « Vous pouvez tous progresser ! » conclut Jean-Luc Mélenchon à la fin de sa « plaisanterie ».

https://www.youtube.com/watch?v=umOaXGtkFkQ 

En fait, le lider maximo de LFI aurait dû s’appliquer à lui-même ce conseil. En bon démagogue, il ne manque pas une occasion de faire rire son auditoire. Malheureusement, cette fois encore, il a surtout montrer ses lacunes dans le domaine des langues. Naguère, il confondait créolisation et métissage (voir mon billet https://carnetdunlinguiste.blogspot.com/2025/06/creolisation-ou-metissage-lerreur-de.html).

Cette fois, il confond prononciation américaine et prononciation russe. En effet, la prononciation [eps-tine] (en transcription orthographique courante), ['ɛpstiːn] (en transcription phonétique) est typiquement américaine. Elle n’a rien à voir avec la prononciation russe, qui est [eps-téïne] (ɛps'jn). Si l’on dit Epstine plutôt qu’Epstaïne, c’est uniquement parce que Jeffrey Epstein est américain et qu’on prononce son nom comme c’est l’usage  dans son pays. Point barre. Il n’y a pas lieu d’ironiser là-dessus et, encore moins, de flirter avec l’antisémitisme.

Indépendamment des connotations nauséabondes de ce discours, l’incident a montré que Mélenchon a une mauvaise connaissance de la prononciation de l’anglais et (c’est peut-être moins grave !) de celle du russe.

Mots-clés : Jean-Luc Mélenchon, humour, confusion linguistique, prononciation, américain, russe, Epstein, Einstein, Frankenstein, antisémitisme.

25 février 2026

Nice Carnaval Days et autres days…

Je lis sur le site de la mairie de Nice (février 2026) : « La grande braderie d’hiver des Nice Carnaval Days vous permet pendant 3 jours de bénéficier d’une visibilité pour “booster” votre activité commerciale. »

Il est pour le moins étonnant que la municipalité d’une commune française éprouve le besoin de nommer une de ses activités selon une syntaxe et un lexique anglais.

Ce phénomène n’est pas isolé. Le terme anglais day est en train de supplanter les termes français jour et journée dans la langue commerciale, comme je l’ai montré dans Lionel Meney, Le naufrage du français, le triomphe de l’anglais. Enquête (Paris-Québec, Hermann-PUL, 2024), un ouvrage qui décrit en détail ce que j’ai appelé « les territoires perdus de la langue française ». 

Mots-clés: anglicismes, anglomanie, territoires perdus de la langue française, ville de Nice, Nice Carnaval Days. 

07 février 2026

Immigrer, immigrant, immigré...

On observe souvent des confusions dans l’emploi d’immigrant et d’immigré. Pourtant, la morphologie française est limpide : le participe présent indique une action en cours, le participe passé, une action passée. Un immigrant est une personne qui entre dans un pays étranger pour y vivre. Un immigré, une personne qui est entrée dans un pays étranger pour y vivre. Les dictionnaires (Académie française, Trésor de la langue française, Larousse) entérinent cette distinction de base (voir ci-dessous). Le Dictionnaire de l’Académie française et le Petit Robert ajoutent une nuance : « qui immigre ou a récemment immigré » (c’est moi qui souligne). L’adverbe récemment est important. Même ces dictionnaires notent la différence de durée dans la situation d’un immigrant et celle d’un immigré. Par ailleurs, à l’article immigré, le Petit Robert propose des « synonymes » critiquables : immigrant, étranger, migrant. Certes, ces trois termes font partie du même champ sémantique, mais ne sont pas des synonymes exacts d’immigré.

Sources :

Immigrer

Académie française : Venir dans un pays étranger pour s'y établir.

Trésor de la langue français : Venir dans un pays étranger pour s'y établir, souvent définitivement. Anton. Émigrer.

Larousse : Venir se fixer dans un pays étranger au sien.

Petit Robert : Entrer dans un pays étranger pour s'y établir (opposé à émigrer).

Immigrant

Académie française : Personne qui immigre ou a récemment immigré dans un pays.

Trésor de la langue française : Celui, celle qui immigre (dans un autre pays). Anton. autochtone, émigrant.

Larousse : Qui immigre dans un pays étranger au sien.

Petit Robert : Personne qui immigre dans un pays ou qui y a immigré récemment (opposé à émigrant).

Immigré

Académie française : Personne qui a immigré.

Trésor de la langue française : Celui, celle qui a immigré.

Larousse : Qui a quitté son pays d'origine pour s'installer dans un autre pays.

Petit Robert : Qui est venu de l'étranger, par rapport au pays qui l'accueille. Synonymes : immigrant, étranger, migrant.

Mots-clés : propriété des termes, différence, immigrant, immigré. Dictionnaire de l’Académie française, Trésor de la langue française, Larousse, Petit Robert.

04 février 2026

Comment traduire potluck?

L’anglais potluck (a shared meal consisting of whatever guests have brought (sometimes without prior arrangement) ne se traduit pas par « à la fortune du pot », même si la formation des deux expressions est semblable. En français, « à la fortune du pot » signifie de manière simple, sans préparation particulière, à la bonne franquette. Ce n’est donc pas le même sens. L’équivalent de potluck est repas (déjeuner, etc.) participatif.

 « S’agissant d’un repas participatif, chacun avait apporté quelque chose à manger ou à boire et surtout à partager. » (letelegram.fr).

Mots-clés : traduction, potluck, à la fortune du pot, équivalent, repas participatif.

31 janvier 2026

À propos du sens du terme « évènement »

Le Petit Robert en ligne donne une seule définition d’« évènement » : « Ce qui arrive et a de l’importance pour l’être humain ». (C’est moi qui souligne). Cette définition est inadéquate et insuffisante, car elle fusionne deux acceptions du terme. Le Trésor de la langue française distingue bien : 1) « Tout ce qui se produit, tout fait qui s’inscrit dans la durée » et cite une locution encore en usage au Québec : « à tout évènement », c’est-à-dire « quoi qu’il arrive » ; 2) « Fait d’une importance notable ». Cette acception arrive au second rang. Le Larousse en ligne est plus exact et plus complet que le Petit Robert. Il définit le terme de la manière suivante : 1) « Tout ce qui produit, arrive ou apparaît » et cite comme synonyme « fait » ; 2) « Fait d’une importance particulière ». Il reprend donc la description du Trésor de la langue française. Celle du Dictionnaire de l’Académie française est similaire.

Le mot est formé sur le latin classique evenire qui signifie « arriver, se produire ». Quand vous faites une déclaration de sinistre à votre assurance, il vous est demandé de décrire « l’évènement », c’est-à-dire la date, le lieu, etc. des faits.

Certainement sous l’influence de l’anglais « event », le terme « évènement » en est venu à désigner toute activité organisée par les sociétés spécialisées dans « l’évènementiel », terme défini de la manière suivante par le Petit Robert : « Nom masculin L'évènementiel : secteur d'activité autour des évènements de communication (foires, salons…) ». France Terme, dans une fiche, va dans le même sens :

« vente à l'évènement (langage professionnel)

  • Domaine : ÉCONOMIE ET GESTION D'ENTREPRISE
  • Définition : Technique de promotion des ventes reposant sur l'exploitation d'évènements de la vie du client et par extension de tout évènement intéressant la vie de la société.
  • Équivalent étranger : […] event marketing (en) ».

Ce n’est pas à proprement parlé un nouveau sens, mais l’extension du sens général du terme à un secteur d’activité. Cet emploi est plus acceptable que l’importation pure et simple du terme anglais « event », comme c’est souvent le cas dans les sociétés d’évènementiel en France (cf. cette photo prise sur une camionnette). Ainsi, l’expression « main event » est fréquemment employée dans le domaine des spectacles sportifs ou artistiques pour désigner la partie la plus importante de… l’évènement.

Conclusion : Le terme « évènement » a bien un sens général, synonyme de « fait ». Le Petit Robert devrait revoir sa définition.

Mots-clés : event, main event, évènement, définition, emploi, Dictionnaire de l’Académie française, Trésor de la langue française, Larousse en ligne, Petit Robert en ligne, France Terme.

27 janvier 2026

Comment traduire l’anglais « czar »

Tom Homan, le «Tsar des frontières» chargé par Trump de superviser les opérations à Minneapolis (Le Figaro, 27-01-2026).

A l’occasion des tragiques évènements survenus à Minneapolis, un nouveau terme ou, plus précisément, une nouvelle acception est apparue dans les médias francophones : « tsar » (la plupart du temps : « czar » en américain). Il ne s’agit pas d’un titre officiel, mais d’un sobriquet attribué par les médias anglo-saxons à un haut fonctionnaire chargé des pleins pouvoirs dans un domaine de l’État. Exemple : Tom Homan, dont le titre officiel est Director of U.S. Immigration and Customs Enforcement, est qualifié par les médias de « boarder czar ». Il est, selon Donald Trump, « tough but fair ».

Le terme français « tsar » ne véhicule pas ces connotations. L’équivalent le plus proche est plutôt « patron » : Tom Homan, le « patron » de l’Immigration et des Douanes.

Définition du terme en anglais :

https://en.wikipedia.org/wiki/Czar_(political_term)

Liste de « czars » américains :

https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_U.S._executive_branch_czars

Mots-clés : terminologie, traduction, anglais czar, français tsar, équivalent français patron, Tom Homan, boarder czar.

18 décembre 2025

Lost in translation… Poutine et les "petits cochons"…

Le 17 décembre, lors d’une réunion du ministère de la Défense, Vladimir Poutine s’en est pris violemment aux dirigeants européens, les qualifiant en russe de « подсвинки » (« podsvinki »).

La presse européenne a eu bien du mal à traduire ce mot. Dans la presse française, on relève « jeunes porcs », « petits cochons » ou « porcelets ». On se demande comment le public francophone a bien pu comprendre le sens véritable des propos de Poutine.

En effet, appliqué à des êtres humains, en français, « jeune porc » désigne quelqu’un de sale, de malpropre, physiquement ou moralement. « Petit cochon » a un côté polisson, qui ne semble guère convenir, par exemple, à Ursula von der Leyen. Quant à « porcelet », on a du mal à lui trouver un quelconque sens figuré. En fait, on a affaire, en russe, à un sens figuré, une image, une métaphore, impossible à traduire littéralement.

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BFMTV.com

« De “jeunes porcs” : Vladimir Poutine affirme que les dirigeants européens cherchent à “se venger” de la Russie. »

Facebook.com

« Poutine a attaqué les dirigeants européens, qualifiés de “petits cochons”, les accusant de vouloir profiter d’un effondrement de la Russie. »

Euronews

« Vladimir Poutine qualifie de “porcelets” les alliés européens de l'Ukraine. »

***

Ce que Poutine a réellement dit :

« В предыдущей администрации США полагали, что Россию разрушат и развалят. А европейские подсвинки включились в надежде поживиться, вернуть себе что-то, что было утрачено в прежние исторические периоды. »

Il est intéressant de voir comment certains sites de traduction automatique s’en sont tirés.

Le traducteur russe Yandex a carrément calé sur le mot :

« Dans l'administration précédente, les États-Unis croyaient que la Russie serait détruite et détruite [sic]. Et les podsvinki européens se sont allumés dans l'espoir de profiter, de récupérer quelque chose qui a été perdu dans les périodes historiques précédentes. »

Quant à Google Translate, comme on dirait au Québec, il a « coupé les coins ronds » :

« L'administration américaine précédente croyait à la destruction et au démantèlement de la Russie. Et les Européens, ces porcs, s'y sont joints, espérant en tirer profit et récupérer un héritage perdu au cours des périodes historiques précédentes. »

Il est clair que ce n’est pas le sens de ce qu’a voulu dire Poutine. Que signifie donc en russe подсвинок (podsvinok) ? Le terme relève de l'élevage porcin. Il est tellement peu courant que la presse russe, elle-même, a fait appel à des linguistes pour expliquer ce que cela voulait dire.

Il est intéressant de s’arrêter instant sur la formation du mot. Il est composé du préfixe « pod- », qui signifie « en-dessous », du radical « svin », qui signifie « cochon », et du suffixe diminutif « -ok ». Littéralement, cela désigne « un sous-petit-cochon », « un sous-porc-elet », « un sous-gor-et ».

Au sens propre, le mot désigne un porcelet de 4 à 10 mois, de 20 à 50 kg. Ce n’est plus un cochon de lait, mais ce n’est pas encore un cochon adulte, car il a encore besoin de sa mère.

Au sens figuré, il désigne quelqu’un d’immature, de dépendant, d’incapable de prendre des décisions par lui-même, mû par un instinct grégaire. La truie commande, les petits cochons suivent. L'image utilisée par le dictateur russe est celle de petits cochons, de petits gorets, qui se bousculent autour de leur mère pour obtenir quelque chose.

Les dirigeants européens sont donc vus par Poutine, d’une manière méprisante, comme des êtres immatures, dépendants, serviles, soumis à la volonté des Américains.

Pour trouver une image équivalente, il fallait donc changer d’animal pour se diriger plutôt du côté des moutons (pour leur instinct grégaire) ou des caniches (pour leur obéissance servile). Dans ce cas, on aurait mieux compris ce qu’a voulu dire le dictateur du Kremlin.

Mots-clés : traduction russe-français, métaphore, Vladimir Poutine, dirigeants européens, подвинки, podvinki, signification, jeune cochon, petit cochon, porcelet, goret, équivalents, caniche, mouton.