vendredi 2 mars 2012

Doit-on dire bullying, iintimidation ou harcèlement ?

De tristes faits divers récents, le suicide des deux adolescentes, l’une au Québec en novembre 2011, l’autre en France en janvier 2012, ont remis en lumière un phénomène ancien que les anglophones désignent sous le nom de school bullying.

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Une citation montre bien en quoi consiste ce phénomène : « Le harcèlement, c'est la répétition de petites tracasseries de façon quotidienne, régulière, systématique. À l'école, il prend le plus souvent la forme de moqueries. Mais cela peut aussi être des rumeurs, des jets d'objets, des affaires régulièrement abîmées, l'ostracisme... Le harcèlement scolaire est souple. Il s'adapte au milieu dans lequel il se développe. Il va varier selon les établissements, les âges, le sexe aussi. Chez les filles, le harcèlement le plus courant est la mise à l'écart du groupe ou la rumeur. Les garçons harcelés, eux, vont davantage se plaindre de brutalité physique » (Jean-Pierre Bellon, président de l’Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves).

Le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l'Office québécois de la langue française (OQLF), dans une fiche datant de 2011, donne intimidation comme équivalent français de bullying (fiche consultée le 2 mars 2012). Ce choix est inadéquat, car il ne recouvre pas exactement le concept. De plus il ajoute inutilement un sens nouveau au mot intimidation, sens que nous sommes les seuls, au Québec, à employer dans la Francophonie.

Le terme « intimidation » désigne normalement le fait de « remplir quelqu’un de peur pour imposer sa force, son autorité » (par exemple : « Si tu ne fais pas ceci, je te casse la figure »). L’intimidation est un moyen (physique ou verbal) pour forcer quelqu’un à faire quelque chose. C’est un des moyens utilisés par le harceleur pour imposer sa loi au harcelé, mais pas le seul. La notion de « bullying » est plus large que celle d’« intimidation ».

Une intimidation peut n’être que ponctuelle. Le « bullying » implique la répétition d’actions non seulement d’intimidation, mais aussi de moqueries, d’humiliations, de brimades, de violences physiques ou verbales, etc.

Le terme « harcèlement » désigne le fait de « soumettre quelqu’un sans répit à des attaques répétées ». C’est ce qui caractérise le phénomène du « bullying ». Les termes français correspondant le mieux à « school bullying », et les plus répandus, sont harcèlement à l'école, harcèlement scolaire, harcèlement entre élèves, harcèlement entre enfants . Ils entrent dans la série bien connue : « harcèlement moral », « harcèlement sexuel », « harcèlement au travail », etc.

Dans certains contextes, les termes « persécutions » et « brimades » peuvent être synonymes de « harcèlement ».

Pour désigner l’action, on dira donc harceler, harcèlement.

Pour désigner l'agresseur, on parlera, selon le contexte, du harceleur, du persécuteur, du brimeur, du bourreau, du (petit) despote, du (petit) tyran, du tyranneau.

Pour désigner l'agressé, on parlera du harcelé, du persécuté, du brimé, de la (petite) victime.

Quand le harcèlement se fait sur Internet, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, on parlera de cyberharcèlement.

Mots-clés : français québécois, terminologie, anglicisme, bullying, impropriété, intimidation, harcèlement.


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