mercredi 16 mai 2018

Un emploi spécialisé de « canceller » en français


L'emploi du verbe « canceller » dans le sens d'« annuler » est très critiqué au Québec. On y voit un anglicisme. On n'a pas totalement tort. Ce serait plus exactement ce que certains linguistes appellent un « anglicisme de maintien ». Le mot en usage en ancien français aurait été supplanté par « annuler » en France, mais serait resté en usage au Canada français sous l'influence de l'anglais to cancel (qui l'avait emprunté à l'anglo-normand canceler, du latin cancellare). En français standard contemporain, on dit « annuler » alors que d'autres langues romanes l'emploient encore couramment (cancelar en espagnol et en portugais, cancellare en italien). Cependant le verbe s'emploie encore en français contemporain dans la langue spécialisée du droit dans le sens de « biffer », « barrer » un texte ou une partie d'un texte, ce qui a pour conséquence de l'annuler. Voici un exemple récent de cet emploi à propos de l'affaire du« petit Gregory » en France (la parenthèse est de l'auteur de l'article) : 

« La chambre de l’instruction [de Dijon] a par ailleurs cancellé (partiellement annulé) tous les actes portant mention de sa mise en examen, et annulé la confrontation entre Murielle B… et son cousin du 28 juillet 2017, ainsi qu’une expertise psychologique. » (Le Monde, 16 mai 2018).

Je relève dans le Littré : 
Canceller - Terme de jurisprudence qui a vieilli. Annuler une écriture en la croisant par des traits de plume, ou en y donnant un coup de canif.
Cancellation - Action de canceller.
Cancellé - Biffé, annulé. Lettres cancellées et annulées.

Mots-clés : français; français québécois; anglicisme; anglicisme de maintien; canceller; annuler; biffer; barrer; anglais to cancel; espagnol, portugais cancelar; italien cancellare.

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