06 décembre 2012

Doit-on dire invasion de domicile ou agression à domicile ?

Le terme  « invasion de domicile » est fréquemment employée par les journalistes d'ici pour désigner un type de crime qui consiste, pour des malfaiteurs, à s’introduire au domicile de leurs victimes, de les menacer avec une arme, parfois de les ligoter, afin d’obtenir d’elles de l’argent ou des renseignements sur leur argent.

Il semble qu’il soit apparu pour la première fois dans la presse canadienne de langue française en 2000 dans une dépêche de l’agence Presse canadienne traduite de l’anglais.

En effet, le terme est un calque de l’anglais home invasion. Il n’y avait donc pas lieu de suivre le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, qui a consacré, en 2002, une fiche à ce terme pour l’entériner sans aucun esprit critique. Dans sa nouvelle fiche, corrigée en 2011, l'Office, lui aussi, condamne le terme « invasion de domicile ». Il lui a donc fallu pas  moins de 9 ans pour se résoudre à se corriger et à ne plus légitimer un calque de l'anglais.

Le terme est à bannir pour les raisons suivantes : 

1) L’emploi, dans ce sens, du terme « invasion » va à l’encontre d’un de ses traits sémantiques fondamentaux en français, à savoir l’idée d’entrée massive, par un grand nombre d’individus (invasion de soldats, de touristes, etc.) ou d’animaux (invasion de sauterelles, etc.), ce qui n’est pas le cas dans ce genre d’événement;

2) Le terme ne s’emploie pas ailleurs dans la Francophonie;

3) Il existe des équivalents français standard pour exprimer cette notion.

L’Europe francophone a connu une véritable épidémie de ce genre de crime dans les années 1990. Certains malfaiteurs s’étaient spécialisés dans le braquage de personnalités à leur domicile. L’épouse de Charles Aznavour, entre autres, en a été victime.

Voici une liste de termes usités en français standard pour désigner ce crime, en fonction du contexte : 

- Terme administratif : vol à main armée contre des particuliers à leur domicile. 

- Termes courants : agression à domicile; agression au domicile / dans la  maison / l’appartement de quelqu’un; braquage à domicile; braquage au domicile de quelqu’un (quand le malfaiteur braque une arme à feu en direction de sa victime); cambriolage violent; cambriolage avec séquestration; intrusion avec violence; vol avec effraction et violence; vol avec violence à domicile; vol avec violence au domicile de quelqu’un; vol violent à domicile ; vol violent au domicile de quelqu’un. 

- Termes familiers employé par la police : saucissonnage (quand la victime est ligotée par le malfaiteur) ; saucissonneur (pour désigner le malfaiteur).


Exemples de titres de presse : 

 Nouveau cas d’agression au domicile d’une personne 
Encore une personne agressée à son domicile / dans son appartement / sa maison.


Cachez-moi cette langue que je ne saurais voir !

Fallait-il traduire (ou adapter) Tintin en québécois ?

(Je republie ce texte écrit et publié en 2009 dans une version abrégée sur le site www.cyberpress.ca).

Ça y est, c’est reparti ! Une fois de plus, la chicane linguistique est pognée. Oh, pardon ! la querelle a éclaté, devrais-je dire… Cette fois, c’est la parution de Colocs en stock, version québécoise de Coke en stock, une aventure de Tintin traduite et adaptée par Yves Laberge, qui suscite la polémique.

À cette occasion, on observe un curieux retournement de situation. Plusieurs linguistes, connus pour leur engagement en faveur d’une norme linguistique québécoise, Jean-Claude Boulanger, Jean-Claude Corbeil et Claude Poirier, manifestent leur opposition à l’idée de « traduire » Tintin en français québécois parlé.

Ils s’inquiètent du fait que l’album est publié dans la collection Langues régionales, ce qui semblerait rabaisser le québécois, qui n’est, à leurs yeux, ni une langue étrangère, ni un dialecte, mais une « variante de français », au même titre que le français de France. Ils considèrent qu’on ne doit pas donner de forme écrite au français québécois familier; cela risquerait d’offrir une image dévalorisante du français parlé d’ici, d’entretenir des « préjugés épouvantables » à son sujet, de créer de la confusion dans les esprits. Cela pourrait même relancer la querelle du joual et contribuerait à renforcer la difficulté qu’auraient les Québécois à prendre conscience de leur identité linguistique par rapport aux Français…

Évidemment ces craintes sont excessives. C’est accorder une influence démesurée à une bande dessinée. Il est moins « grave » de traduire un album de Tintin en québécois, que de vouloir imposer une norme linguistique séparée ou rédiger, à l’intention des élèves et des étudiants, un dictionnaire québécois prétendument normatif. On se souvient encore du tollé provoqué par le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, qui comprenait bien plus de termes critiquables que Colocs en stock. 

Colocs en stock, une traduction-adaptation réussie

Pour apprécier Colocs en stock , il faut (re)lire Coke en stock. Le défi qui se présentait au traducteur-adaptateur était de taille. Il fallait respecter la logique de l’histoire, conserver les traits de caractère des personnages, rendre le comique des situations, trouver une adéquation entre les dessins d’Hergé et le texte québécois, le tout dans un français québécois parlé, qui ne soit ni vulgaire, ni artificiel, ni folklorique.

Même si l’on peut chipoter sur quelques termes ou expressions, l’ensemble est réussi. L’objectif premier de la bande dessinée, qui est de faire rire, est parfaitement atteint. On ne rit pas du français des Québécois. On rit (de bon cœur) à l’astuce, aux trouvailles du traducteur-adaptateur, qui a bien compris que la pragmatique du français québécois parlé est très différente de celle du français parlé en Europe. Tous les moyens linguistiques employés sont connus des Québécois et renvoient à des images familières. Parfois, la version d’Yves Laberge est même plus drôle que celle d’Hergé… À aucun moment, on ne sent la moindre condescendance, le moindre mépris à l’égard de la langue vernaculaire des Québécois. Mais, malgré sa réussite, Colocs en stock ne supplantera pas Coke en stock, qui restera la référence. Il est, en quelque sorte, un bonus dont les Québécois peuvent profiter.

Alors pourquoi des linguistes prônant la reconnaissance d’une norme québécoise séparée réprouvent-ils la publication d’un ouvrage en québécois parlé ? Comment établir une norme à part sans tenir compte de cette composante essentielle du parler d’ici ? Une partie importante du patrimoine culturel québécois est écrite dans cette langue. Il suffit de citer les noms de Michel Tremblay, Réjean Ducharme, Victor-Lévy Beaulieu, Gérald Godin ou Richard Desjardins pour comprendre qu’on ne peut pas tout simplement la zapper.

Cependant, en reconnaître l’existence, ne pas grimper aux rideaux dès que quelqu’un l’utilise, en particulier à des fins artistiques, en apprécier les ressources, ne signifie pas qu’on veuille l’ériger en modèle linguistique. Plutôt que de cultiver le mythe d’un « français québécois standard », qui ne serait ni ce français québécois parlé, ni le « français de France », ni même le français standard international, il vaudrait mieux que nos linguistes mettent leurs théories en conformité avec la réalité de la situation linguistique au Québec.

Or, il est impossible de comprendre cette situation sans reconnaître que nous vivons une situation de diglossie. En effet, à l’instar du Willi Waller, nous n’avons pas à notre disposition un seul système linguistique, mais deux… Nous avons une langue vernaculaire, le québécois, qui nous est propre. Cette variété de langue est composée, sur une base française, de dialectalismes, d’archaïsmes et d’anglicismes. Elle représente le legs du passé particulier des Québécois. Du fait de ses origines, elle fait l’objet de jugements contradictoires, oscillant entre hyperstigmatisation et survalorisation. Nous avons aussi une langue véhiculaire, le français international, que nous partageons avec les francophones du monde entier.

À chacune de ces deux variétés de langue sont assignées des fonctions différentes. Le québécois est la langue des situations familières; le français international, celle des situations dans lesquelles une langue soignée est requise. Comme le québécois nous est propre, il joue le rôle de langue identitaire. C’est pourquoi il est si souvent utilisé dans les domaines de la littérature, de la chanson et de l’humour. C’est pourquoi aussi nous pouvons maintenant lire un Tintin dans deux versions. Avec, dans chaque cas, un regard différent. Une lecture francophone commune (Coke en stock) et une lecture proprement québécoise (Colocs en stock).

Les Québécois ont intégré cette situation. Ils savent quand il faut employer l’un ou l’autre de ces deux codes linguistiques. Ainsi, lorsqu’il est question de norme, leur choix est clair et sans appel. Il n’y a aucun risque de confusion. Un sondage de l’OQLF montre que 76 % des Québécois considèrent que la norme dans l’enseignement doit être le français international. Ils considèrent même, à 88 %, que les grammaires et les dictionnaires doivent être les mêmes partout dans la francophonie. Voilà qui devrait faire réfléchir ceux qui cherchent à créer une norme à part et à imposer des dictionnaires qui s’écartent du français standard.

Les situations de diglossie durent longtemps. Il faut donc vivre avec. Plutôt que de défendre un mythique français québécois autonome, homogène, hiérarchisé en niveaux de langue spécifiques, la reconnaissance de la coexistence de deux variétés de français et de leurs fonctions respectives  lèverait bien des malentendus, réduirait bien de l’agressivité et de l’insécurité linguistique, faciliterait le dialogue sur la langue.

La reconnaissance du fait que le français standard international représente le modèle à suivre, la norme, permettrait de fonder une politique linguistique sur des bases claires, en clarifiant la question des rapports entre le standard et le vernaculaire, le registre soigné et le registre familier, le registre familier français commun et le registre familier québécois, etc. Cela permettrait aussi de mettre l’accent sur la réduction du déficit lexical, sensible chez les jeunes.

Et de mieux comprendre, entre autres, pourquoi Yves Laberge a dû, pour éviter toute équivoque, traduire le titre Coke en stock par Colocs en stock


03 juin 2012

Synonyme(s) dans le Grand Dictionnaire terminologique


Parmi les nombreux défauts relevés dans le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l'Office québécois de la langue française (j'en ai fait l'inventaire détaillé dans Main basse sur la langue : Idéologie et Interventionnisme linguistique au Québec, éd. Liber, Montréal, 2010), un des plus gênants pour l'utilisateur est le traitement, la plupart du temps insatisfaisant, de la synonymie et de la marque synonyme(s). Prenons l'exemple de la fiche "Marguerite" (2008). Voici ce qu'on peut lire dans le GDT :

"Marguerite
Définition :
Récipient perforé en acier inoxydable et doté de pieds, que l'on place dans une casserole au-dessus du niveau de l'eau pour y faire cuire des aliments à la vapeur.
Sous-entrée(s) :
synonyme(s)
panier cuit-vapeur n. m.
Note(s) :
La marguerite est constituée de panneaux qui se chevauchent et qui, en se dépliant, s'adaptent à la taille de la casserole.
Le terme marguerite est utilisé principalement au Québec.
Au pluriel, on écrira : des paniers cuit-vapeur."

Notons d'abord l'emploi du terme "casserole" qui, décidément, donne bien du mal aux terminologues du GDT, probablement à cause de l'emploi plus spontané en français québécois du terme "chaudron", qu'ils ont peut-être voulu éviter (voir mon billet intitulé "Les casseroles du Grand Dictionnaire terminologique"). Il est évident qu'une "marguerite" s'adapte non seulement à une "casserole", mais d'une manière générale à un "récipient", comme un faitout, une cocotte, etc. Cette approximation, navrante dans une fiche terminologique, serait donc en fait une sorte d'hypercorrection...

Notons ensuite que le rédacteur a manqué l'occasion de montrer sur quelle image est motivé le choix du terme "marguerite" quand il parle de "panneaux qui se chevauchent" pour décrire l'objet en question. Il a omis d'exploiter la métaphore à l'origine du terme en n'évoquant pas les "pétales" de la "marguerite" qui se déploient en "corolle" plus ou moins grande selon la taille du récipient.

Remarquons encore que, contrairement à ce que prétend le terminologue, sans dire sur quoi il se base, ni quel serait le terme employé ailleurs dans la Francophonie, le terme "marguerite" n'est pas "utilisé principalement au Québec". Il est courant en Europe comme l'attestent d'ailleurs les sites européens de vente d'ustensiles de cuisine. 

Voir par exemple :



Soulignons enfin, et surtout, que la fiche donne des renseignements incomplets et trompeurs en ce qui concerne la synonymie. Elle ne donne pas la hiérarchisation sémantique des termes. En effet elle ne cite que deux termes "marguerite" et "panier cuit-vapeur" et prétend que "panier cuit-vapeur" est synonyme de "marguerite". Or, c'est inexact.

Combiné cuit-vapeur ou cuiseur vapeur
Le terme "cuit-vapeur" est le terme le plus général. Il désigne un appareil ou l'élément d'un appareil qui permet la cuisson des aliments à la vapeur.

Le concept se subdivise en "ensemble" ou "combinés cuit-vapeur" et en "élément cuit-vapeur". Quand "cuit-vapeur" désigne un combiné ou un appareil cuit-vapeur, il a un synonyme, à savoir "cuiseur vapeur". Un exemple de combiné cuit-vapeur est le couscoussier, composé d'un panier cuit-vapeur et d'une sorte de faitout sur lequel repose le panier cuit-vapeur. Un exemple d'élément cuit-vapeur est le "panier cuit-vapeur".

panier cuit-vapeur passoire
La "marguerite" est un "élément cuit-vapeur" qui se pose au fond d'un récipient. Elle est parfois qualifiée d'"élément cuit-vapeur universel" du fait de sa fabrication semblable à des pétales qui s'adaptent à des récipients de toutes tailles, contrairement au "panier cuit-vapeur", qui n'a qu'une dimension.

panier cuit-vapeur marguerite
On le voit : on ne peut pas dire que "panier cuit-vapeur" est synonyme de "marguerite". En réalité, le champ sémantique s'organise de la manière suivante :

1) "cuit-vapeur" est le générique, l'hyperonyme; 2) "cuit-vapeur" se subdivise en "combiné cuit-vapeur" ou "cuiseur vapeur" et en "élément cuit-vapeur"; 3) un type d'"élément cuit-vapeur" est le "panier cuit-vapeur"; 4) un type de "panier cuit-vapeur" est la "marguerite".

En conclusion, si toute "marguerite" est un (type de) "panier cuit-vapeur", tout "panier cuit-vapeur" n'est pas une "marguerite"... 

Les deux termes ne sont donc pas synonymes...

Cela fait beaucoup d'approximations et d'inexactitudes pour un terme finalement très facile à traiter. Grâce à Internet, pour le professionnel de la langue, la solution est désormais à portée de quelques clics. Dans ces conditions, on se demande quelle est la valeur ajoutée d'une banque de données comme le GDT.

PS A propos de "casserole", je signale le billet de Jacques Maurais dans son blog intitulé "Linguistiquement correct" sur l'utilisation du terme pendant les évènements qui secouent le Québec à la suite de l'augmentation des droits de scolarité. Voir :

http://linguistiquement-correct.blogspot.fr/

05 mai 2012

Doit-on dire cueillir ou collecter ? cueillette ou collecte?

On observe au Québec de nombreux emplois non standard du verbe cueillir et du nom cueillette, souvent sous l'influence de l'anglais. Ainsi on relève dans la presse canadienne francophone des combinaisons du type :
- cueillir, cueillette des déchets, des ordures, des vidanges, des bouteilles consignées ;
- cueillir, cueillette des denrées non périssables, des jouets, des livres, des meubles, des vêtements ;
- cueillir, cueillette de l’argent, des fonds, des sous noirs ;
- cueillir, cueillette de(s) médailles ;
- cueillir, cueillette des signatures ;
- cueillir, cueillette des données, des informations, des statistiques, des renseignements, des résultats ;
- cueillir, cueillette des animaux errants ;
- cueillir, cueillette de l’eau, de l’eau de Pâques, de la sève d’érable;
- cueillir, cueillette du lait ;
- cueillir, cueillette des marchandises ; service de cueillette et livraison, etc.

Si l’on veut savoir si ces emplois sont corrects ou non, le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française n’est pas d’un grand secours. Certes la fiche enlever (1987) nous dit bien qu’il faut éviter d’employer cueillir des ordures et qu’il faut dire collecter, ramasser ou enlever des ordures. Mais d’autres termes importants, comme retrait (dans cet emploi), ne sont pas traités, alors qu’un terme aussi « confidentiel » et spécialisé que... retiraison (1974) l’est sans qu’il soit renvoyé à enlèvement et à retrait.

Pour débrouiller la question, il faut donc… se débrouiller soi-même.

Cueillette de pommes
Commençons par analyser les traits sémantiques ou "sèmes" de cueillir et de cueillette en français standard. Si l’on analyse la définition du Larousse, on constate que cueillir combine deux traits sémantiques : 1) l’idée de détacher un végétal (une fleur, un fruit, un légume), 2) de son support (une tige, une branche, une racine).

Une exception au sème « végétal » : on peut aussi cueillir des coquillages, c’est-à-dire les détacher de leur rocher.

Ramassage de pommes de terre
Quand on prend quelque chose à terre ou à proximité du sol, le verbe cueillir est concurrencé, voire remplacé par ramasser : on cueille des pommes sur l’arbre; on ramasse des pommes à terre, des coquillages, des escargots; on cueille ou on ramasse des fraises, on ramasse ou on arrache des pommes de terre, des oignons, des poireaux.

Lorsque l’opération est vue comme le produit d’un effort, le résultat d’une culture parvenue à maturité, on emploie le verbe récolter : on récolte des pommes, des fraises, des pommes de terre.

Lorsqu'on rassemble des choses en vue d'une action précise, on emploie le verbe recueillir ou collecter : on collecte de l'argent, des données, des vêtements.

En français standard, plusieurs termes autres que cueillir et cueillette s’emploient donc dans les combinaisons citées ci-dessus. Ce sont, selon le contexte, collecter et collecte, enlever et enlèvement, ramasser et ramassage, récolter et récolte, retirer et retrait ; lever et levée, etc. Ce qui donne les combinaisons suivantes :
Ramassage d'ordures ménagères

- collecter, enlever, ramasser des ordures ménagères ; collecter, ramasser des bouteilles consignées ; collecte, enlèvement, ramassage des ordures ménagères ;
- collecter, recueillir, récolter des fonds, des dons, de l’argent ; collecte, récolte de fonds, d’argent  (la combinaison lever des fonds, levée de fonds, courante tant au Canada qu’en Europe, est critiquée comme étant un calque de l’anglais) ;
Collecte de vêtements
- collecter des denrées non périssables, des vêtements ; collecte de denrées non périssables, de vêtements ;
- récolter, moissonner des médailles ; récolte, moisson de médailles ;
- collecter, recueillir des signatures ; collecte de signatures;
- collecter, recueillir, récolter des données, des informations, des statistiques, des renseignements, des résultats ;
Enlèvement ou retrait des achats
- collecter, ramasser le lait ; collecte, ramassage du lait ;
- enlever, ramasser des animaux errants; enlèvement, ramassage des animaux errants;
- enlever, ramasser des marchandises; enlèvement, ramassage des marchandises, des colis; service d'enlèvement et de livraison; service de collecte, de ramassage; retirer des achats, retrait des achats ; emporter ses achats (par un particulier, un client).

12 avril 2012

Les casseroles du Grand Dictionnaire terminologique.


Où l’on apprend qu’une casserole est un mets cuit dans… une cocotte.

Le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française consacre plusieurs fiches au terme casserole en français et en anglais. Certaines traitent du terme désignant l’ustensile de cuisine, d’autre du sens dérivé par métonymie (le contenant pour le contenu) désignant un mets.

Parlons d’abord du terme casserole pour désigner un ustensile de cuisson.

selon le GDT...

En français, selon le GDT, le terme casserole désigne un « petit récipient individuel rond, à oreillettes ou à manche court en porcelaine à feu, en verre trempé, en métal ou en fonte émaillée, dans lequel un mets est cuit et servi à la table » (fiche casserole, n° 1, 1987). Une illustration (voir ci-contre) vient compléter cette définition. On y voit un récipient avec deux poignées, ressemblant à une marmite ou à un faitout, mais pas à une casserole.

Étrange définition ! J’ai souligné, pour les faire ressortir, les éléments qui ne s’appliquent pas du tout à une casserole, du moins pour un locuteur natif. En effet, a-t-on déjà vu des casseroles avec des oreillettes, des casseroles en porcelaine à feu ou en verre trempé ? A-t-on jamais servi à table un plat dans une casserole ? A-t-on jamais vu quelqu’un manger dans une casserole ? 

Cette définition curieuse m’a mis la puce à l’oreille et incité à faire quelques recherches. Et, effectivement, j’ai retrouvé la même formulation dans le... Larousse gastronomique. Bien sûr, le GDT ne donne pas ses sources, ce qui fait problème. Ce n’est pas très correct, ni vis-à-vis des auteurs et des éditeurs, ni vis-à-vis des utilisateurs de la banque de données. Voici ce qu’on peut lire dans le Larousse gastronomique : « petit récipient à oreillettes ou à manche court, en porcelaine à feu, en verre trempé ou en métal, utilisé pour préparer et servir des entrées chaudes, ou pour présenter certains hors-d'oeuvre et entremets froids ». On peut aisément le constater : le début de la définition est reproduit tel quel par le GDT (il serait étonnant que ce fût l’inverse) ; la fin, simplement résumée.

Une cassolette

Mais le second problème, assez sidérant, c’est que dans le Larousse gastronomique, cette définition s’applique non pas à une casserole, mais à une… cassolette ! Alors tout s’éclaire. La définition redevient absolument motivée et limpide. Mais comment expliquer ce dérapage du GDT ? Paresse ou distraction du rédacteur ? Tour de passe-passe pour mieux faire passer l’anglicisme ?

Et ce n’est pas fini. Dans la même fiche, le GDT donne… cocotte comme synonyme de casserole ! Il n’est pas nécessaire d’ouvrir un livre de cuisine pour savoir qu’une cocotte et une casserole, ce n’est pas la même chose ! Les cuisiniers, qui aiment les mots justes, apprécieront ! Décidément le rédacteur était un peu « mêlé dans ses papiers »…

En anglais maintenant. Selon le GDT, le terme anglais casserole équivaut au terme français casserole lorsqu’il désigne un ustensile de cuisson (fiche casserole, 1987). La définition qu’il en donne est d’ailleurs aussi curieuse, à savoir : « little dish like individual ramekin ». Le dictionnaire MacMillan remet les pendules à l’heure, qui définit ainsi le terme : « a deep dish with a lid, used for cooking a mixture of meat, vegetables, etc. in the oven ». La fiche du GDT est accompagnée de la même illustration que la fiche pour le français, montrant un récipient profond muni de deux poignées latérales, n’ayant rien à voir non plus avec un quelconque « little dish like individual ramekin »...

Récapitulons : selon le GDT, pour désigner l’ustensile, anglais casserole = français casserole et français casserole = français cocotte. Malheureusement ces deux équations sont inexactes. En effet, si l’on consulte les dictionnaires les plus courants comme le Larousse, on constate, si on ne le savait déjà, que casserole et cocotte se distinguent nettement par une série de traits sémantiques.

Une casserole...

Une casserole est un ustensile de cuisson : 1° avec un manche long et droit, 2° avec ou sans couvercle, 3° qui, normalement, ne va pas au four, 4° et qui, normalement, ne sert pas à servir un mets sur la table.

Une cocotte est un ustensile de cuisson : 1° sans manche, mais avec deux anses ou poignées latérales, 3° avec couvercle, 4° fabriqué dans un matériau emmagasinant bien la chaleur (fonte), 5° pouvant aller au four pour une cuisson prolongée.

...et une cocotte

Si l’on consulte les dictionnaires bilingues (Larousse, Robert & Collins, Harrap’s), on constate une belle unanimité : le terme anglais casserole correspond au français cocotte, quand il désigne l’ustensile. C’est donc un faux-ami. Quant au terme français casserole, il correspond à l’anglais saucepan.

En résumé, anglais casserole (ustensile) = français cocotte ; français casserole (ustensile) = anglais saucepan.

Venons-en au terme casserole désignant un mets.

Selon le GDT, le terme anglais casserole correspond au français casserole (fiche casserole, 2004). Deux autres fiches sont plus explicites et donnent  une définition de ces mets. Dans un cas, casserole désignerait en français un « mets généralement composé de viande ou de poisson, de légumes et d'une sauce, cuit lentement au four dans une cocotte » (fiche casserole, n°1, 2004). Remarquons que le rédacteur de la fiche n’a pas semblé troublé par le fait qu’il affirme qu’une casserole est un mets cuit dans… une cocotte. Encore un autre moyen de légitimer par la bande l’anglicisme plat en casserole en l’associant à plat en cocotte ? Dans une seconde fiche le GDT ajoute un autre sens. Une casserole serait aussi une « préparation à base de riz cuit ou de pommes de terre duchesse, moulée en forme de timbale » (fiche casserole, n°2, 2004). Cette fois, le rédacteur ne semble pas plus troublé par le fait que la casserole se transforme en… timbale !

Peut-être pour masquer son tour de passe-passe, le GDT précise suavement : « Cette notion est rattachée [sic] à la cuisine française ». Puisque c’est « rattaché » à la cuisine française, cela veut dire que le terme est français… Circulez, il n’y a rien à voir ! Eh bien pas du tout ! 

En réalité, le GDT est encore tombé dans un de ses péchés mignons : l’insensibilité aux anglicismes sémantiques. Sous l’influence de l’anglais, il confond deux ustensiles de cuisson, la casserole et la cocotte, et il introduit un autre anglicisme en appelant casserole ce qui, en anglais, est un générique pour désigner toutes sortes de plats cuits au four, en général dans un plat à four et non dans une casserole (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Casserole).

 Il n’y a pas, en français, un seul terme pour désigner tous ces plats. Tantôt on les désigne par leur contenant : (gratin, œufs, poulet, rôti, etc.) en cocotte, (fruits de mer, etc.) en mini-cocotte, (crevettes, œufs, etc.) en cassolette, (crevettes, moules, œufs, etc.) en ramequin, etc. ; tantôt on les désigne par leur mode de cuisson : (aubergines, etc.) au four ; tantôt par un terme spécifique (ragoût, etc.).

Green Bean Casserole

(rien à voir avec notre casserole)


En fait, une fois de plus, les terminologues de l’Office québécois de la langue française sont tombés dans le panneau de l’anglicisme sémantique. Si même des « professionnels de la langue » font la confusion, il n’est pas étonnant, dans ces conditions, qu’on trouve au Canada tant de recettes de cuisine où l’on nous propose des « casseroles » de quelque chose, alors qu’il faudrait utiliser un tout autre terme.

Pourtant, semble-t-il, ce n'est pas la mission de l'Office de légitimer les anglicismes.

10 avril 2012

Tape delay

Un exemple des conséquences négatives du travail parcellaire des terminologues chargés de la rédaction du Grand Dictionnaire terminologique : les fiches same day tape delay (rédigée en 1993) et same day tape-delay concert (rédigée également en 1993).

Selon le GDT, same day tape delay se rendrait en français par « enregistrement diffusé le même jour » et same day tape-delay concert, par « concert enregistré et diffusé le jour même ». Visiblement il s’agit plus d’explications que d’équivalents terminologiques.

En fait, la définition de same day tape delay proposée par le GDT mène sur une fausse piste. Elle est formulée ainsi  : « Expression qualifiant un enregistrement vidéo ou un reportage d'actualités diffusé le même jour que sa réalisation ». Cette formulation révèle l’erreur de point de vue du rédacteur de la fiche.

Il fallait la rédiger en ayant en ligne de mire non pas la réalisation de l’émission, son enregistrement, mais sa diffusion. Cette erreur est d’autant plus étonnante qu’il y avait déjà dans le GDT une fiche qui aurait dû mener le rédacteur sur la bonne voie. Il s’agit de la fiche « différé » (rédigée en 1984).

Dans cette optique, il aurait fallu s’appuyer sur l’opposition entre diffusion en direct et diffusion en différé ou encore, selon le contexte, diffusion en quasi-direct, diffusion décalée (de), diffusion avec un retard (de). En effet, l’expression anglaise tape delay renvoie en français à retard, à décalage ou à différé, selon le contexte. Il restait à préciser la durée du retard, du décalage ou du différé en question (same day), car il existe des diffusions avec un décalage de 10 minutes, de 24 heures, etc., des diffusions décalées de 12 heures, de 24 heures, etc., des diffusions en léger différé, avec un différé de 10 minutes, de 24 heures, etc., des diffusions avec un retard de 7 secondes, de 10 minutes, etc.

Dans le cas de same day tape delay, on aurait pu proposer différé dans la même journée, différé ne dépassant pas 24 heures et, pour same day tape-delay concert, concert diffusé en différé le même jour ou concert diffusé en différé le jour même, selon le contexte.

De nos jours, une simple consultation des articles broadcast delay et time shifting dans Wikipedia (English) et diffusion en direct dans Wikipédia (français) donne plus de pistes de solution que les fiches du GDT. Ce qui pose la question de savoir si cette banque de données terminologiques apporte une réelle plus-value dans son état actuel.

01 avril 2012

Doit-on dire soirée-bénéfice ou soirée caritative ?

Le Grand Dictionnaire terminologique s’ingénie à légitimer toute une série de calques de l’anglais, série aussi productive qu’inutile. Je veux parler des termes formés sur le modèle de « concert-bénéfice » (voir la fiche du GDT, rédigée en 2003), « dîner-bénéfice » (2005), « représentation-bénéfice » (2005), « soirée-bénéfice »(1986), « spectacle-bénéfice »(2005), etc.

Il s’agit manifestement d’un calque de l’anglais du type « benefit concert », « benefit dinner », « benefit performance », etc. C’est pourquoi les terminologues de l’OQLF font des acrobaties pour justifier la défense et le maintien de cette forme (voir la fiche « bénéfice », 1986).

Dans un premier temps, ils invoquent l’existence, en français, de l’expression « à bénéfice » : « Dans le domaine du spectacle, on désigne par l'expression à bénéfice une représentation dont les profits sont versés à une personne ou à une œuvre ». En réalité, cette expression, courante au dix-neuvième siècle, ne s’emploie plus guère. Elle s’employait à une époque où il n’y avait pas de pension de retraite pour les artistes du théâtre et de l’opéra, pour désigner la représentation donnée à leur profit avant leur départ à la retraite. A cette occasion, le bénéfice de la soirée leur était versé. (Voir le récit cruel et désabusé d’Auguste Luchet, Une représentation à bénéfice, datant de 1832). De nos jours, on dit encore parfois « représentation au bénéfice de », mais beaucoup plus souvent « représentation au profit de ».

Dans un deuxième temps, les terminologues de l’OQLF recommandent la suppression de la préposition à dans le syntagme (ce qui ne se faisait pas quand on employait « représentation à bénéfice »). Cela a l’avantage de donner l’impression que le terme « représentation-bénéfice » dérive du français « représentation à bénéfice », alors qu’en réalité, il provient de l’anglais « benefit performance ». Selon ces terminologues, on dirait « soirée-bénéfice » parce qu’on sous-entendrait « soirée au bénéfice de ». Or, curieusement, dans la presse francophone canadienne, on ne voit guère « soirée au bénéfice de », pas plus qu’on ne voit « soirée au profit de ». On voit plutôt « soirée-bénéfice au profit de », ce qui est assez redondant, pour ne pas dire assez incongru…

Dans un troisième temps, ils avancent (prudemment, à vrai dire…) qu’il « semble possible d'étendre cet usage à toute manifestation organisée au profit d'une œuvre, d'un parti politique, etc. » Ce qui permet de justifier toute la série de calques.

Voilà comment, par glissements successifs, on parvient à donner des lettres de noblesse à ce qui n’est qu’un calque de l’anglais…

Plus grave encore, les fiches du GDT ne mentionnent même pas l’existence, en français standard, de plusieurs termes consacrés équivalents. Ce qui montre que la recherche terminologique a été déficiente ou bien qu’on ne voulait pas désigner un concurrent exogène au terme local, à moins qu’il ne s’agisse des deux à la fois.

Or, en français standard, pour désigner ce concept, il existe au moins trois possibilités : « concert, spectacle, etc. de charité », « concert, spectacle, etc. de bienfaisance » et « concert, spectacle, etc. caritatif ». Dans la presse francophone européenne, les combinaisons les plus fréquentes sont, pour soirée, « soirée caritative » (emploi le plus fréquent, et de loin), « soirée de bienfaisance » et « soirée de charité » ; pour concert, « concert caritatif » (emploi le plus fréquent, et de loin), « concert de bienfaisance » et « concert de charité » ; pour match, « match de bienfaisance » (emploi le plus fréquent, et de loin), « match de charité » et « match  caritatif » ; pour gala, « gala de charité », « gala de bienfaisance » et « gala caritatif » (beaucoup moins fréquent). On trouve de nombreuses autres combinaisons comme « événement, spectacle, tournoi, dîner, repas, bal, défilé de mode, loto, rallye, etc. caritatif ». Plusieurs de ces syntagmes se retrouvent aussi dans la presse canadienne francophone. (Voir ce titre d'article dans Le Devoir du 2 avril 2012).

Il serait donc bon que le GDT rende compte de ces faits.

Enfin, cerise sur le gâteau, le GDT nous réserve, au détour d’une définition, un de ces petits anglicismes sémantiques dont il a le secret. En effet, à la fiche « concert-bénéfice » (2003), on peut lire  : « Concert donné dans le but d'amasser des fonds pour soutenir une œuvre de charité, une association, une cause, etc. ». Influencés par l’anglais, certains terminologues de l’OQLF ne sentent pas la différence qu’il y a entre simplement recueillir ou récolter des fonds, et en amasser

Petit retour en arrière : Mes remarques précédentes sur certaines fiches du GDT n’ont pas été complètement inutiles.

Le terme « vélo stationnaire » a été relégué dans le champ des termes à éviter. L’illustration, dont la légende contenait le calque « courtoisie de », a été purement et simplement supprimée. Autre calque, l’expression « à toutes fins pratiques » a disparu de la fiche « ligue d’entreprise ».

Cependant tout est loin d’être parfait. Le terme « vélo d’intérieur », qui a remplacé « vélo stationnaire », a une diffusion limitée. Le terme « ligue d’entreprise » est un calque de l’anglais. Dans les fiches « intimidation » et « cyberintimidation », il n’est pas fait mention des termes « harcèlement » et « cyberharcèlement », pourtant plus justes, et d’un emploi universel dans la Francophonie, en dehors du Québec. En revanche, on y cite le néologisme « caïdage », dont la diffusion est très réduite, pour ne pas dire quasi nulle…